Le récit de l’entité de l’épée
Unmei no higeki
Yukiko révèle enfin son passé tragique et la véritable nature de l’entité de l’épée. Tandis qu’Akaro découvre l’origine de l’artefact et le traumatisme de la princesse, une étrange connexion semble naître entre eux.
« Allez, il est temps, je vais te raconter tout ce qui me vient sur l'entité de l'épée, et après tu me poseras tes questions. »
L'épéiste qui n'attendait que ça, acquiesça.
Elle prit une courte pause, recueillant ses pensées, puis commença :
« Cette entité, est loin d'être humaine. Son apparence est trompeuse, car elle arbore une forme féminine, mais ses traits sont tout sauf rassurants. Imagine une créature noire, comme faite d'ombres elles-mêmes. Elle ne porte pas de vêtements, mais est enveloppée dans ce noir ténébreux. Ses cheveux, d'un noir abyssal, flottent en désordre autour d'elle, donnant l'impression d'une tempête d'obscurité. »
La princesse continua, décrivant les caractéristiques particulières de l'entité :
« Ses yeux, blancs et dénués de pupilles, sont comme des orbites vides fixant l'horizon. Et son sourire... c'est là que réside la véritable terreur. Un sourire moqueur qui glace le sang, même des plus courageux. »
Elle marqua une pause, observant la réaction d'Akaro, puis poursuivit :
« L'entité possède une arme, une épée d'un noir absolu, fine comme un bâton mais tranchante comme une lame. Et elle peut invoquer une seconde lame dans sa main libre. Sa manière de manier ces armes est au-delà de toute compréhension. Sa vitesse et son agilité sont phénoménales, surpassant tout ce que tu peux t'imaginer. »
La princesse Yukiko laissa ses paroles résonner dans la pièce avant de reprendre :
« Sa personnalité est aussi sombre que son apparence. Elle aime semer le chaos, se moquer de ses adversaires et les pousser à bout. Elle ne sourit pas seulement pour provoquer la peur, mais aussi pour déstabiliser ses ennemis. En fait... C'est même son expression naturelle. »
Elle marqua une pause, signalant la fin de son récit.
« C'est tout ce que je sais sur elle. Désolé si tu t'attendais à plus. »
« C'est donc elle que j'ai vu. » déclara-t-il.
La princesse leva les sourcils et fut étonnée.
« Tu l'as rencontrée ? »
« C'était quand je me suis évanoui. »
Akaro observa la réaction de Yukiko.
Elle n'a pas l'air d'être au courant de quoi que ce soit. C'est donc bien cet artefact qui m'a fait ça.
« C'était pour ça... Donc tu as déjà commencé à attirer son attention ! Mon artefact s'est mis à afficher un sourire encore plus effrayant quand tu as sorti ton arme. Je l'ai analysé, le jour où je l'ai détruite, elle ressemble presque à l'arme de l'entité. »
Akaro invoqua son arme.
« Un échec visiblement. »
« Oui... Et pourtant j'ai fais appel au meilleur forgeron de la ville ! »
« Pas besoin d'un forgeron pour détruire une arme. »
« Les forgerons savent aller plus loin que le simple fer. Ils vont au cœur de l'arme, et peuvent même aller jusque dans l'esprit de son porteur. »
L'épéiste était incrédule face à ce que lui racontait la princesse.
« Parle moi de la fois où tu l'as rencontrée. » insista Akaro.
Un lourd silence s'installa dans la pièce, anticipant les récits sombres qui allaient suivre. Yukiko sembla s'y préparer mentalement, mais un sentiment de malaise dominait l'air.
« C'est pour ça que je déteste... », commença-t-elle, sa voix se brisant sous l'effet des émotions.
Les sanglots étouffèrent le reste de sa phrase, laissant les mots suspendus dans l'espace entre eux.
Akaro respecta le moment de vulnérabilité de la princesse, la laissant reprendre son souffle et sécher ses larmes. Pendant ce temps, un sceau mystique apparut sur le vêtement de Yukiko, près de son cœur.
Après un court instant, Yukiko releva les yeux et fit de son mieux pour reprendre ses esprits.
« C'est pour ça que je déteste parler de mes souvenirs », finit-elle par dire d'une voix tremblante.
« Un contrat est un contrat. Tu as un sceau qui a apparu au niveau de ton cœur. »
« Oui. C'est parce que je n'allais pas te répondre. Mais bien sûr, je vais faire comme convenu. Ce sont juste les souvenirs qui me sont remontés. »
Alors ça fait ça quand on a l'intention d'enfreindre le contrat ?
« Passons. » Dit-elle enfin d'une voix plus ferme, signifiant qu'elle était prête à partager son histoire.
La princesse prit une profonde inspiration, et se mit à narrer sa sombre et douloureuse histoire.
« J'étais avec mes parents, et une grande partie de la garde. C'était il y a deux ans. Mon père et ma mère avaient l'habitude de se rendre annuellement à la rencontre de l'entité. Ils lui apportaient une sorte d'offrande, un rituel ancien que notre famille suivait depuis des générations. C'était un acte pour s'assurer que la paix règne sur notre ville. Mais cette fois là, tout a changé. »
La princesse pouvait presque sentir la présence sinistre de l'entité dans la pièce, même si elle savait qu'elle n'était qu'un souvenir. Elle reprit avec détermination.
« Ce jour-là, l'entité était différente. Plus agressive, plus sauvage. Elle ne voulait plus d'offrandes, elle voulait du chaos. Ma mère a été la première à tomber. Sans préavis, l'entité l'a tuée d'un geste, un acte de pur caprice pour énerver le roi. Les gardes ont riposté, mais c'était inutile. En un instant, ils étaient déjà tous morts. Mon père, enragé et désespéré, a supplié l'entité d'épargner ma vie. »
Un frisson parcourut le corps de la princesse en se remémorant le moment suivant.
« L'entité m'a tournée autour, m'a observée comme si elle scrutait mon âme. Finalement, elle a accepté. Elle a dit que si mon père venait me chercher dans trois jours, elle me laisserait en vie, mais qu'elle prendrait sa vie dans un combat soit-disant équitable à la place. »
Yukiko se perdit un instant dans ses souvenirs.
« Mon père est donc parti, me laissant seule avec l'entité. Les secondes se sont transformées en heures, en jours, et chaque instant était un cauchemar à ses côtés. Elle se moquait de ma faiblesse, de ma détresse. J'ai ressenti l'horreur et la solitude comme jamais auparavant. »
Le souffle de Yukiko se fit plus court, mais elle continua, déterminée à aller jusqu'au bout.
« Le troisième jour, l'entité s'est approchée de moi, posant sa main étrangement chaude sur ma tête. Elle a fait naître devant mes yeux une image de mon père s'enfuyant vers un autre pays. J'étais attristée et brisée de l'intérieur. L'entité a parlé, sa voix résonnant dans ma tête. Elle m'a dit de devenir plus forte, au lieu d'être misérable. »
Les paroles de l'entité semblaient résonner à nouveau dans l'esprit de la princesse.
« Elle a claqué des doigts, et des ombres sont venues à moi, portant la tête de mon père. “Les images que tu as vues datent du jour où il t'a laissée.”, dit l'entité. Elle m'a ordonné de retourner dans ma ville, de la gouverner, de devenir plus forte. Puis elle a éclaté de rire, un rire strident qui m'a glacé le sang. Elle m'a donné l'artefact que je porte toujours aujourd'hui, et m'a transportée dans une grotte sombre et hostile, remplie de créatures meurtrières. Là, j'ai utilisé l'artefact pour me défendre, et je me suis réveillée au château, dans ma chambre. Ne sachant toujours pas ce qui s'est passé dans ce lieu sombre. »
Yukiko s'arrêta, reprenant son souffle après avoir partagé une partie de son passé douloureux avec Akaro. Ses yeux reflétaient à la fois la tristesse et la résilience.
« Je vois. » dit Akaro.
Sa voix ne laissait paraître aucune empathie.
« Quel est ton sentiment ? » lui demanda Yukiko, confuse. « Je n'arrive pas à comprendre ce que tu ressens. »
« Je partage le même avis que l'entité. » répliqua Akaro, laissant sans voix la princesse.
Cette dernière se mit à serrer les poings.
« Je ne m'attendais pas à ce que tu me réconfortes. Mais tu peux éviter les mots qui blessent. »
« Lorsque je me bats contre une personne, et que j'apprends qu'il a un enfant, je pars à sa rencontre. Je lui dis ouvertement que j'ai tué son parent, souvent avec une preuve à l'appui. »
Un silence malaisant domina la pièce.
« Je ne le fais que lorsque le parent a du potentiel. Car je suppose qu'il est héréditaire. »
Akaro sembla s'enfoncer aux yeux de la princesse. Mais il poursuit :
« Puis j'encourage l'enfant à devenir plus fort. À venir me trouver, et à me tuer, plutôt que de pleurer. »
« Pauvres enfants... Tu es exactement comme ce monstre. » Dit-elle avec mépris. « Sauf que toi tu as cette cicatrice. Et surtout... »
Elle fit une pause, et regardait attentivement Akaro.
« Tu ne souris jamais. »
Chapitre terminé
Fin du chapitre.
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Le pacte des monstres