— J’ai épluché beaucoup d’affaires. Et en parlant à un Phoneutria — dont j’ai oublié le numéro — j’ai découvert que Kurokafu travaillait encore sur une affaire censée être close. Tu dois déjà être au courant.
Elle continua, me fixant :
— Un religieux, le révérend Hino Araseki. Associé à ton père. Il livrait des enfants pour en faire des Faucheurs, en échange de protection, d’argent, de plaisirs et d’influences. Il était censé être mort sous l’ancien régime, mais un Caméléon l’a récemment aperçu, présidant une assemblée à son nom.
Je ne répondis pas. Juste un léger mouvement des yeux.
— L’affaire est en cours. Ton déplacement peut expliquer une partie du délai. Mais en creusant, je suis tombée sur une question que je n’avais pas envisagée.
Elle ramena une jambe contre elle.
— Tu juges des gens. Parfois, tu décides qu’ils doivent mourir. Alors… tu n’as jamais peur d’être jugée à ton tour ?
— Je le serai probablement.
Elle cligna des yeux.
— Tu dis ça très tranquillement.
— Il suffit d’une personne, d’une arme et d’une munition pour mettre fin à ma vie, à mon autorité et à tout ce que je suis en train de construire. Mon père disposait d’un pouvoir supérieur à celui de presque toutes les personnes qu’il jugeait. Cela ne l’a pas empêché de devenir lui-même l’objet d’un jugement.
Sena resta silencieuse quelques secondes.
— Donc tu as peur qu’un jour quelqu’un fasse avec toi ce que tu as fait avec lui ?
— Non. La capacité d’une personne à me tuer ne démontre pas qu’elle aurait raison de le faire. Elle démontre seulement que mon autorité n’est pas une propriété de l’univers.
— Et si la personne qui te juge a raison ?
— Alors mon rang ne modifiera rien à la validité de son argument.
Elle m’observa plus attentivement.
— Et Dieu dans tout ça ?
Mon regard se porta brièvement sur la Bible posée plus loin.
— Je fais le pari qu’un Créateur existe.
— Tu crois en Dieu ?
— En un Créateur. Ce n’est pas exactement la même affirmation.
— Et tu penses qu’il te jugera ?
— S’il existe et s’il est réellement à l’origine de ce qui nous dépasse, je considère raisonnable l’hypothèse qu’il dispose d’informations auxquelles aucun juge humain n’a accès. Les faits dans leur totalité. Les intentions. Les conséquences que nous n’avons pas prévues.
Sena ne plaisantait plus.
— Ça te fait peur ?
— Ce qui m’importe est la possibilité d’avoir à rendre compte de décisions que j’aurais considérées justes alors qu’elles ne l’étaient pas.
Je marquai une pause.
— Si ce jugement existe, je veux pouvoir répondre de chacun des miens : quels faits je possédais, quels principes j’ai appliqués, quelles alternatives j’ai examinées, quelles conséquences j’ai anticipées et ce que j’ai fait lorsqu’une information nouvelle a invalidé ma conclusion.
— Donc tu essaies d’être innocente devant lui.
— Je ne sais pas ce qu’il considérerait comme innocent. Prétendre le savoir reviendrait déjà à parler à sa place.
Elle regarda de nouveau la Bible.
— Alors ça explique ça. Je ne pensais pas, mais… tu es chrétienne ?
— Non.
— Pourtant tu lis leur livre.
— Ce livre formule une conception du Créateur, de la faute, du pardon, de la responsabilité et du jugement. Hino construit une partie de son identité actuelle autour de ces concepts. Je ne jugerai pas correctement ce qu’il prétend être devenu sans comprendre le système auquel il se réfère.
Je posai les yeux sur l’ouvrage.
— C’est une arme intellectuelle. Et je n’utilise pas une arme que je n’ai pas étudiée.
Sena fronça légèrement les sourcils.
— Mais tu décides quand même de la vie et de la mort. Tu ne vois pas le problème ? À force, tu ne risques pas de te prendre pour Dieu ?
— Si je considérais mes jugements comme infaillibles parce qu’ils viennent de moi, oui.
Je soutins son regard.
— Si je refusais qu’ils soient interrogés parce que je possède le pouvoir de les imposer, je serais un tyran.
Un silence.
— Je ne suis ni dieu ni tyran, Sena. Je prends des décisions avec des informations nécessairement incomplètes. C’est précisément pour cette raison qu’elles doivent pouvoir être justifiées, contestées et, lorsque c’est encore possible, corrigées.
Sena se réinstalla en tailleur dans mon fauteuil.
— Et après tout ce que tu as lu, tu en penses quoi ? Parce que la justice chrétienne, c’est quand même presque l’inverse de Kurokafu. Le pardon gratuit, la grâce donnée même à ceux qui ne la méritent pas, peu importe ce qu’ils ont fait…
— C’est une présentation inexacte.
Elle ne répondit pas.
— Le texte ne présente pas le pardon comme l’effacement indifférencié de la responsabilité. Il distingue notamment la faute, la repentance, le jugement et la grâce. Même lorsque le pardon est possible, les conséquences d’un acte ne disparaissent pas nécessairement avec lui.
— Donc tu vois des ressemblances avec Kurokafu ?
— Des questions communes. Pas nécessairement les mêmes réponses.
Je poursuivis :
— La plus intéressante pour l’affaire Hino est la repentance. Dire “je regrette” ne suffit pas à établir une transformation. Si sa religion lui sert aujourd’hui de cadre pour affirmer qu’il est devenu un autre homme, je dois déterminer ce que cette affirmation signifie dans son propre système avant d’évaluer si les faits lui correspondent.
Je remarquai alors son sourire.
— Tu as fait exprès.
— De dire quelque chose d’inexact ?
Elle haussa légèrement les épaules.
— Un peu, oui. Je voulais voir si tu allais me laisser passer ça.
— Pourquoi ?
— Parce que tu m’as dit de questionner ce qui est posé avant les conclusions. Alors je vérifie aussi les tiennes.
Je la regardai quelques secondes.
— Méthode rudimentaire. Mais elle a produit l’information recherchée.
Son sourire s’élargit.
— Je prends ça pour un compliment.
— Ce n’en était pas un.
— Je le prends quand même.
Je laissai passer un silence.
— Tu connaissais suffisamment le sujet pour construire volontairement une mauvaise prémisse. D’où ?
— J’ai une amie qui aime beaucoup sa foi. Elle m’en parle parfois. Donc j’en connais un tout petit peu.
— Flora ?
Elle se redressa.
— Oui… Comment tu sais ça ?
— Je vous ai entendues lors de notre première rencontre, devant ton école.
— Ah. Oui. Elle parle souvent de sa foi.
— Je vois.
Je marquai un silence, puis hochai la tête.
Mon regard glissa vers la pendule murale. Je me levai en ajustant ma tenue.
— Tu t’en vas déjà ?
— J’ai des heures à respecter. Donc, oui.
Je m’avançai vers la porte de ma chambre.
Sa voix rompit à nouveau le silence.
— Bonne nuit, Llina !
— Bonne nuit, Sena.
Le lendemain matin.
Réveil, comme toujours, à la même heure.
La routine immuable avec Silice.
Mais cette fois, une variable nouvelle pesait dans l’air.
Sena.
— Salut Lli…
Son regard croisa celui de Silice.
Silice, immobile, muette, impassible, un mur froid dans la pièce.
Son regard ne disait rien, mais pesait lourd, chargé d’une gravité muette.
Je répondis d’un simple :
— Bonjour.
Je laissai mon regard la balayer lentement, de bas en haut, tandis que Silice s’affairait à arranger mes cheveux avec la précision d’un rituel sacré.
— Rouge, aujourd’hui. Choix délibéré ?
Un sourire furtif fendit les lèvres de Sena.
— Haha, tu ne laisses rien passer, hein. Oui. Aujourd’hui, c’est la confrontation.
Mais comme je sais que tu es occupée... Je vais aller voir mon oncle. J’ai des questions.
Un bruit à la porte interrompit Silice.
Le majordome entra.
Il n’était pas prévu à cette heure.
Je regardai son visage, puis l’heure.
Il n’eut pas besoin de parler.
Je levai une main vers Silice.
Elle interrompit immédiatement sa tâche.
J’attrapai mon manteau et quittai la pièce.
Sena me suivit.
Je ne lui demandai pas de partir. Rien dans son contrat ne lui interdisait de m’accompagner jusque dans les secteurs auxquels son badge lui donnerait accès.
Nous traversâmes la ligne royale rapidement.
Sena ne posa aucune question. Elle regarda plusieurs fois dans ma direction, mais garda le silence jusqu’à notre arrivée dans la zone des Arachniscorpus.
Nous atteignîmes la zone des Arachniscorpus.
Un assistant était là. Il me reconnut d’un coup d’œil.
— Salle de réanimation, deuxième porte, madame.
Je ne répondis pas.
Je franchis l’espace.
L’assistant ne retint pas Sena.
Après tout, elle venait de la même ligne que moi.
Devant la porte, je m’arrêtai.
Sena s’arrêta également.
— Supporterais-tu de regarder une vie s’éteindre ?
Son expression changea.
— Il y a quelqu’un de mourant derrière cette porte ?
— Oui.
— Il peut encore s’en sortir ?
— Non.
Elle baissa brièvement les yeux vers la poignée.
— D’accord.
— Ce n’est pas une obligation aujourd’hui.
Elle releva les yeux.
— Mais ça le deviendra ?
— Si tu prends un jour la place de ton oncle, tu seras confrontée à des agents qui ne seront plus des noms dans des dossiers. Certains mourront devant toi.
Je posai la main sur la poignée.
— Tu n’as pas besoin d’être prête maintenant. Mais tu devras savoir si tu peux l’être.
Elle ne répondit pas.
J’entrai seule et refermai doucement la porte derrière moi.
La salle était austère.
Un lit, des murs blancs, plusieurs appareils de surveillance et le matériel laissé par l’équipe médicale.
Souji était immobile.
Une fiche avait été déposée près du lit.
Identité civile : inconnue.
Dix-neuf ans.
Abandonné à la naissance.
Nom d’usage : Souji.
Affilié au huitième Phoneutria.
Mortellement blessé au cours d’un assaut contre un réseau de contrebande. Les procédures de réanimation avaient échoué. Les lésions avaient été déclarées irréversibles ; seuls les soins de confort et la surveillance avaient été maintenus dans l’attente de son décès.
Je reposai la fiche.
Son thorax se soulevait encore faiblement sous l’effet de respirations irrégulières.
Je m’assis à côté de lui.
— Souji.
Aucune réaction.
Je pris son poignet. Le pouls était faible, mais présent.
— Si vous m’entendez, je resterai ici pendant une heure.
Je ne reçus aucune réponse.
Je posai mon carnet sur mes genoux.
Deux minutes plus tard, le rythme affiché par le moniteur se modifia.
Puis s’arrêta.
Je vérifiai son pouls une seconde fois.
Absent.
Je regardai l’heure.
Deux minutes s’étaient écoulées depuis mon entrée.
Je restai assise.
Cinquante-huit minutes passèrent.
Lorsque l’heure fut complète, je refermai mon carnet et me levai.
Lorsque je sortis, Sena était toujours assise sur le banc.
Elle se leva.
— Alors ?
— Il est mort.
Elle regarda la porte derrière moi.
L’assistant s’approcha.
— L’agent est décédé il y a cinquante-huit minutes, lui indiquai-je.
Il acquiesça et entra dans la salle.
Je repris la direction de la ligne royale. Sena me rejoignit rapidement.
— Attends.
Je continuai d’avancer.
— S’il est mort deux minutes après ton entrée… qu’est-ce que tu as fait pendant les cinquante-huit autres ?
— Rien qui nécessite un spectateur.
— Donc tu ne me répondras pas.
— Non.
Elle me regarda encore quelques secondes, puis cessa d’insister.
À mon retour au bureau, le majordome m’attendait.
— Les TRD ont terminé le Livre de Vie de Souji. Il sera déposé dans votre bibliothèque personnelle aujourd’hui.
— C’est noté.
Sena regarda alternativement le majordome et moi.
— Le Livre de Vie ?
— Plus tard, lui répondis-je.
Elle inspira comme si elle allait protester, puis regarda l’heure.
— Oui. Tes heures de fonction. J’avais presque oublié.
— Presque.
Je pris place derrière mon bureau.
Sena resta encore quelques secondes, puis suivit le majordome hors de la pièce.
Le soir venu, je revins de l’entraînement et repris place derrière mon bureau.
Il me restait deux éléments à traiter avant la fin de ma journée.
Le premier était le rapport final du Caméléon.
Je le lus entièrement.
Les observations confirmaient ce que les rapports intermédiaires avaient commencé à suggérer : le comportement actuel de Hino ne correspondait plus au profil documenté sous l’ancien Kurokafu.
Cela ne démontrait pas encore une transformation morale.
Cela suffisait en revanche à rendre l’hypothèse crédible.
Je validai donc le déplacement prévu pour le lendemain et fis préparer une équipe. Nous devions être sur place avant neuf heures.
Le second élément concernait Sena.
J’avais modifié mon emploi du temps pour lui réserver un créneau plus long. La qualité de ses questions et sa capacité nouvelle à distinguer faits, prémisses et conclusions justifiaient désormais que davantage de temps soit consacré à son travail.
Une trentaine de minutes plus tard, j’activai le micro intégré au bureau.
— Où est Sena ?
— Avec moi. Souhaitez-vous que je lui demande de vous rejoindre ?
— Non. Préparez une voiture. Nous sortons.
Quelques minutes plus tard, je rejoignis le hall. Sena était déjà installée dans la voiture et le majordome avait pris le volant.
Nous gagnâmes un établissement situé en hauteur, régulièrement utilisé par Kurokafu lorsque certaines conversations devaient avoir lieu hors du QG sans nécessiter un environnement opérationnel.
L’intérieur était sobre. La terrasse dominait le paysage nocturne et suffisamment peu de clients étaient présents pour que les tables restent espacées.
Je m’installai dos au panorama.
Sena, elle, regarda la vue plusieurs secondes avant de prendre place.
— Tu as des questions ?
— Toujours. Mais avant : tu as terminé plus tôt. Normalement, à cette heure-ci, il te reste encore presque une heure de travail.
— Exact.
— Tu as changé ton emploi du temps pour moi ?
— Oui.
Elle haussa les sourcils.
— Oh. Donc j’ai fait des progrès.
— Oui.
Elle attendit.
— C’est tout ?
— Que souhaites-tu savoir précisément ?
— Ce que j’ai amélioré.
— Ta manière de séparer les faits de tes interprétations. Tu formules également des objections plus précises et tu identifies mieux les informations qui te manquent avant de conclure.
Elle resta silencieuse une seconde.
— D’accord. Ça, je vais le noter.
— C’est l’objectif d’un retour.
— Tu sais que tu pourrais juste dire “bien joué” une fois dans ta vie ?
— Ce serait moins précis.
Elle étouffa un rire.
— Évidemment.
Puis elle posa les avant-bras sur la table.
— Bon. Le Livre de Vie. C’est quoi exactement ?
— Une archive individuelle.
— De tout ?
— De tout ce qui peut être établi avec suffisamment de fiabilité. L’identité lorsqu’elle est connue, l’histoire précédant Kurokafu, les formations, les fonctions exercées, les décisions importantes, les réussites, les erreurs, les blessures, les témoignages utiles et les circonstances de la mort.
— Pourquoi conserver autant de choses sur quelqu’un qui ne peut plus servir ?
— Parce que sa mort ne rend pas son existence inutile.
Elle releva légèrement la tête.
— Explique.
— Un agent accumule des compétences, commet des erreurs, découvre des méthodes, provoque des conséquences et participe à des décisions. Si ces informations disparaissaient avec lui, Kurokafu serait condamné à répéter des apprentissages déjà payés.
Je poursuivis :
— Le Livre de Vie remplit donc deux fonctions. La première est institutionnelle : conserver ce que cette existence peut encore apprendre aux suivants. La seconde est mémorielle : empêcher qu’un individu disparaisse entièrement derrière le nom de code et la fonction qu’il a occupés.
Sena resta silencieuse quelques secondes.
— Donc ce n’est pas un monument.
— Non.
— Mais ce n’est pas juste un dossier technique non plus.
— Non plus.
Sena resta encore un moment silencieuse.
— Je crois que ça me rassure un peu.
— Pourquoi ?
— Parce qu’avec ta manière de raisonner, j’ai parfois l’impression que tu pourrais regarder tous les agents comme des pions sur un échiquier.
— Un pion est interchangeable avec un autre pion de même fonction. Un agent ne l’est pas.
Elle attendit la suite.
— Un agent possède une fonction et peut être employé comme un outil dans l’accomplissement de cette fonction. Cela ne transforme pas la personne en objet. Ses compétences, son état, son expérience et sa survie restent des variables qui ont une valeur propre.
Sena fit une légère grimace.
— Tu réussis quand même à utiliser le mot “outil”.
— Parce qu’il est exact dans le contexte que je viens de définir.
— C’est ton problème. Tes mots donnent parfois l’impression que tu es beaucoup plus horrible que tes actes.
— Tes interprétations de mes mots ne modifient pas leur définition.
Elle me fixa quelques secondes.
— Je vais continuer à regarder les actes, je crois.
— Fais les deux. Une contradiction entre les deux serait plus informative que l’un ou l’autre pris séparément.
Elle s’arrêta.
— …D’accord. Ça, c’était une bonne réponse.
— Elle était surtout exacte.
Sena resta silencieuse un moment avant de changer de sujet.
— J’ai demandé au majordome ce que tu faisais pendant cette heure.
— Je suppose qu’il t’a répondu qu’il ne le savait pas.
— Exactement. Et venant de lui, c’est presque plus étrange que l’heure elle-même.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il sait tout. Ou en tout cas, il donne très bien cette impression.
— Il ne sait pas tout.
— Merci, je transmettrai la nouvelle.
Je la laissai poursuivre.
— Donc… c’est un secret important ?
— Non.
Elle fronça les sourcils.
— Alors pourquoi personne ne sait ?
— Parce que c’est un instant qui n’a pas besoin de spectateur. Ce n’est pas la même chose qu’un secret.
Elle me regarda quelques secondes.
— Et si je te demande quand même ce que tu fais ?
— Je ne te répondrai pas.
— D’accord.
Elle s’adossa à sa chaise.
— Je vais étonnamment respecter ça.
— Pourquoi “étonnamment” ?
— Parce que depuis une semaine, mon activité principale consiste quand même à fouiller dans ta vie.
— Dans les limites de ton contrat.
— Oui, oui. Ma fouille est parfaitement réglementaire.
Elle prit une inspiration et posa ses mains sur la table.
— Très bien. Passons à l’inspection de Llina Delys.
À SUIVRE
Chapitre terminé
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