— Si tu ne l’es pas, je mets fin à l’échange. Il n’y aura pas de blâme. Juste une conclusion logique : tu n’étais pas prête.
Elle se leva sans un mot et s’assit sur le canapé de droite.
— Je n’ai rien à faire de mes vacances, à part gagner un peu d’argent. Ici, j’en gagne. Et surtout… je me forge une vision plus réaliste de ce qu’est la justice.
— Très bien. Ce n’est pas encore une preuve de discernement. Mais c’est un début d’engagement.
Je rétablis la liaison.
Ils la virent : une jeune fille, carnet et stylo à la main, assise bien droite, le regard déterminé.
Elle semblait avoir compris que c’était à elle de prouver qu’elle méritait de rester. Et c’était un très bon point.
— Sena ?! s’exclama l’Argiope numéro deux. Qu’est-ce que tu fiches ici !
Les Phoneutria se mirent à rire.
— Hé bien ? Une connaissance ? demanda le Phoneutria trois.
Je levais les yeux vers Sena.
— Présente toi.
Elle se leva, puis se tourna vers l’écran.
— Je suis Fubuki Sena. J’ai vingt ans. Étudiante en troisième année de droit.
Llina m’a contactée après avoir entendu parler de moi à travers plusieurs échanges… avec mon oncle, l’Argiope numéro deux.
Elle m’a exposé son projet. Et j’ai accepté.
Pour moi, cette immersion est une occasion unique : confronter mes études, ma théorie de la justice, à une réalité que je ne connaissais pas.
Et même si je viens de l’extérieur… je n’arrive pas ici sans repères. J’ai grandi en entendant parler de vous.
Aujourd’hui, je n’ai aucune prétention. Je suis ici pour observer, comprendre, apprendre et questionner.
Elle n’était plus la même.
Elle avait saisi l’essentiel : ces hommes-là ne font pas qu'écouter. Ils lisent.
Chaque mot, chaque silence, chaque posture devient preuve ou faiblesse.
Et elle avait su leur donner le bon signal. Mais...
— ‘Llina’, c’est vraiment comme ça que tu t’adresses à Kurokafu ? lança le second Argiope, les bras croisés, un sourcil levé.
Cette simple remarque la déstabilisa un instant. Elle se tourna vers moi, cherchant un soutien.
— Tu m’en as bien donné l’autorisation… non ?
— ‘Tu’ ? lança-t-il à nouveau, sarcastique.
Je fis signe à Sena de s’asseoir.
— Questionnez, jugez, tranchez. Moi, j’ai déjà fait mon choix.
Le Phoneutria numéro trois commença :
— Si la présence de mademoiselle Sena dérange l’un des “sages” Argiope, alors j’approuve pleinement l’initiative de Kurokafu.
— Un peu de sérieux, lança l’Argiope numéro un.
— J’approuve, affirmèrent successivement les Phoneutria numéro deux et quatre.
Je hochai légèrement la tête.
— Et vous, Argiope ? D’autres arguments ou questions, ou êtes-vous en mesure de trancher ?
L’Argiope numéro un reprit :
— Je ne suis pas satisfait des réponses des Phoneutria. Leur changement d’avis manque de justification, et le ton du numéro trois me semble plus provocateur qu’un signe de réflexion réelle.
— Que vous êtes susceptible. Soupira le troisième Phoneutria.
Le numéro quatre se racla la gorge.
— Je vais parler si vous le permettez.
— Kurokafu, bien qu’elle semble sourde à nos conseils, les a néanmoins pris en compte. Peut-être même que c’était déjà sa résolution. Peu importe. C’est subtil, mais elle l’a fait. Souvenez-vous : nous voulions que pour ce poste, elle choisisse quelqu’un au sein de l’organisation, idéalement un Argiope ou un Phoneutria.
— En quoi l’a-t-elle respecté ? demanda l’Argiope numéro deux. C’est une étudiante, une civile.
— N’est-ce pas vous, Argiope numéro deux, qui assuriez lors de nos réunions que votre relève était déjà choisie ? Que cette personne serait votre nièce ?
Il s'adressa à Sena :
— N’êtes-vous pas sa seule nièce ?
— Oui, à ma connaissance.
— Très bien. Maintenant que votre future remplaçante est ici, ce rôle que lui confie Kurokafu est une opportunité cruciale pour éprouver ses décisions, se confronter aux responsabilités qu’elle devra un jour assumer, et affiner sa propre vision de la justice. Il faut bien commencer quelque part.
L’Argiope numéro un conclut :
— Vu sous cet angle, Sena incarne un compromis judicieux entre la subjectivité que recherche Kurokafu et le souhait qu’elle intègre le cercle interne de l’organisation.
Un silence s’installa.
— J’approuve.
Je hochai la tête, puis repris :
— Il ne reste plus que vous, Argiope numéro deux. Que pensez-vous de ce choix ? Vous convient-il ?
Il s’affala dans son fauteuil, le doute palpable.
— Si c’est vous qui avez sélectionné Sena, j’imagine que vous lui avez clairement expliqué son rôle : poser des questions. N’importe lesquelles ?
— Exactement. Elle n’a qu’un seul rôle : éprouver, et par là même, aiguiser sa propre perception.
Il se redressa légèrement.
— Je reconnais avoir été trop prompt à parler lors de nos réunions. Je suis convaincu que, si je venais à disparaître, c’est elle qui devrait me succéder. Mais pour que nous puissions prendre une décision juste, j’aimerais partager un détail important.
— Allez-y.
— Sena n’a pas encore formulé clairement cet engagement. Elle doute encore de sa décision.
Un silence lourd s’installa.
Le troisième Phoneutria reprit la parole, un léger sourire satisfait aux lèvres.
— Et donc ? Raison de plus pour l’avoir ici. Si vous n’avez toujours pas compris ce que la Veuve Noire a fait, c’est qu’elle a habilement détourné la question de la succession, non plus centrée sur elle-même, mais sur la place que vous occupez, Argiope numéro deux.
Ce n’est plus seulement une question de continuité à propos de la Kurokafu, mais un enjeu personnel, entre vous et Sena.
La présence de Sena est la preuve qu’elle n’est pas fermée à prendre votre place. Avec ce rôle, Kurokafu lui offre une occasion immédiate de confronter cette décision, de trancher à son tour.
Le second Argiope soupira, visiblement contrarié.
— C’est vrai. Vous avez raison. J’approuve. Kurokafu, vous portez la responsabilité de votre initiative. Bravo. Vous savez très bien ce que vous avez fait, et je ne doute pas que ce soit espiègle. Cependant, je vous demande de ne pas associer cette décision à mon nom, ni ses erreurs éventuelles.
— Que vous êtes sévère. Mais qu’en sera-t-il des réussites qu’elle accomplira ? Vous les signerez toutes de votre nom, j’imagine.
Un silence s’installa quelques secondes. Puis, l’un après l’autre, les participants saluèrent et commencèrent à se déconnecter.
Sauf le Phoneutria numéro trois, qui resta, le sourire aux lèvres.
— Ils sont partis. Pressés pour aller dormir, sans doute.
— Certainement.
— Pourquoi ne pas avoir montré Sena dès le début ? Cela aurait écourté la réunion.
— Et qu’aurions-nous appris ? Le but n’est pas seulement d’arriver à une solution rapidement. C’est aussi dans le cheminement, la réflexion, la remise en question, la construction, que réside la véritable victoire.
Parfois, la finalité ne suffit pas. Pas avec ce que nous portons.
— Et on vous en remercie. C'était très intéressant, nous avons beaucoup appris.
Il regarda l'heure.
— Je vais vous laisser. Tenez nous au courant de vos découvertes. Ah, et pensez à clore cette affaire, le dossier K.22-PH05/217. Vous l’avez laissé traîner une bonne semaine déjà.
— C’était voulu. Il sera fait à mon réveil.
Il se mit à rire.
— Bonne nuit à vous, et bienvenue dans un monde sans pitié, Sena.
Puis il raccrocha.
— Bien.
Je me dirigeais vers l'ascenseur.
— Nous remontons.
Sena acquiesça et me suivit. Dans l'ascenseur, je restais silencieuse. Rien à dire, tout avait déjà été dit.
— Llina ?... J’ai fait bonne impression ?
— Ce n’est pas une question pertinente.
— Ah...
— Une « impression » repose sur l’émotion de l’autre. Tu n’es pas là pour séduire, mais pour exister face à eux.
— …
— Ce que tu as dit était cohérent. Tu as dit l’essentiel, sans te perdre dans des détails superficiels.
Je me tournai légèrement vers elle.
— Donc non, tu n’as pas fait bonne impression. Tu as produit un signal qui mérite qu’on te considère plus qu'une simple étudiante. Une questionneuse.
— Donc si j’ai bien compris, c’est bien !
— Si tu veux.
Je ne corrigeai pas. Elle comprenait selon ses propres termes. Pour l’instant, cela suffisait.
Nous montâmes à l’étage, le même où il y avait mon bureau.
— Dans ce couloir, tout au fond, comme tu le sais, il y a mon bureau. Dedans il y a une porte qui mène à ma chambre.
— Interdiction de rentrer, je saisis !
— Pas une interdiction. Tu peux entrer à condition que tu aies une raison qui se justifie au moyen de la logique.
— Ah… compris !
Dans ce couloir il y avait en tout trois portes en comptant celle de mon bureau. J’ouvris la première porte à droite en sortant de l'ascenseur.
Je posai ma main sur le capteur latéral : la porte coulissa dans un léger souffle.
— Ici, tu as la salle de bain ainsi que les toilettes.
Sena entra, et comme prévu, son regard s’écarquilla.
Je n’ajoutai rien.
Elle était vaste, lumineuse, soigneusement ventilée. Les murs étaient en travertin clair, striés de veines beiges presque dorées. Le sol, poli à la main, offrait une continuité parfaite, aucune interruption, aucune rupture dans les lignes. Une cloison vitrée séparait les toilettes du reste, mais elle devenait opaque dès qu’on s’en approchait.
Au centre de la pièce, une vasque rectangulaire trônait sur un meuble suspendu, en bois clair huilé. Le miroir, sans cadre ni fioriture, s’illuminait uniquement quand on s’y approchait. Pas de robinet visible : l’eau coulait d’un filet fin, silencieux, déclenché par un capteur.
Une baignoire en marbre gris reposait au fond, encastrée au sol. Elle n’avait rien d’ostentatoire, mais son design en courbe pure et l’éclairage indirect au niveau du rebord suffisaient à imposer un certain respect. Le plafond était légèrement abaissé au-dessus de la baignoire, pour accentuer le sentiment d’abri, un détail inutile pour la majorité, mais qui m’avait paru pertinent.
Rien ici n’était personnel. Aucun produit visible, aucun tissu coloré. Tout était rangé, intégré, ordonné. La serviette la plus proche était pliée à exactes proportions. Même les ombres semblaient à leur place.
Sena tourna sur elle-même, émerveillée.
Je ne répondis pas à son regard. Ce qu’elle appelait « beauté » n’était, pour moi, que l’expression d’une rigueur sans faute.
Je refermai la porte.
Sena jeta un dernier regard vers la porte close, les yeux brillants.
— J’ai cru voir des produits super intéressants tout à l’heure… Tu as tout un coin organisé… C’est pour ça que tu es toujours… super belle ? Comme certaines filles de mon école, mais en… encore plus impressionnant.
Je ne répondis pas tout de suite. J’avançais de quelques pas avant de m’arrêter et de tourner légèrement la tête.
— Ces produits ne m’appartiennent pas.
— Ah bon ?
— Ils sont choisis, remplacés et organisés par une Veuve Brune. Elle entre chaque matin à heure fixe. C’est elle qui entretient mes cheveux, applique un maquillage neutre et ajuste les soins selon des critères objectifs. Rien n’est laissé au hasard : climat, niveau de fatigue, lumière ambiante.
Sena parut surprise.
— Donc… ce n’est pas… toi qui décide ?
— Non. Parce que je n’ai pas besoin de décider.
Cette apparence que tu trouves “super belle” n’est ni un plaisir, ni un caprice. C’est un outil. Un signal silencieux. Dans certains contextes, la beauté perçue augmente la réceptivité, l’autorité, voire la peur. C’est une forme de langage. Je laisse Silice s’en charger.
— Silice ?
— Le nom de la Veuve Brune. Elle ne parle pas. Elle agit. Et jusqu’à preuve du contraire, elle excelle dans sa fonction.
Je repris ma marche.
Sena ne dit rien pendant quelques secondes.
Puis je l’entendis murmurer, comme pour elle-même :
— Même ta beauté, en fait… elle est logique.
Je n’eus pas besoin de répondre. Elle avait compris.
Elle accéléra le pas derrière moi, intriguée.
— Mais… toi qui es si rationnelle, tu n'aurais pas plutôt refusé ce genre de choses ? Je veux dire… se faire coiffer, maquiller, choisir des produits… ça ressemble à tout ce que tu appellerais « non essentiel », non ?
— Je l’ai refusé.
Au début.
J’ouvris la porte de mon bureau et me dirigeai vers l’étagère du fond, sans m’arrêter.
— C’était superflu, selon mes critères. Une distraction.
Mais les Argiope ont formulé une démonstration convaincante : l’apparence, bien utilisée, est une arme.
Avec chiffres. Et témoignages de Veuves Brunes à l’appui.
Les Phoneutria ont ajouté que négliger cet outil, alors qu’il existe, serait une incohérence stratégique.
J’ai résisté. Et j’ai cédé.
Pas par faiblesse.
Par logique.
Sena souffla du nez, exaspérée, et se laissa tomber sur le canapé.
— D’accord, je comprends le raisonnement, d’accord…
Mais franchement, tu n’éprouves rien du tout ? Aucune satisfaction ?
Tu te regardes dans la glace, tu vois ton reflet, le travail qu’elle fait chaque matin…
Tu vois bien que tu es belle, non ? Pas juste stratégiquement belle. Vraiment belle.
Je veux dire… cette Veuve Brune est peut-être méthodique, mais ce qu’elle met en valeur, ce sont tes traits, pas les siens.
Je m’arrêtai, et pris un badge sur l’étagère.
— Ce que je vois dans le miroir n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est ce que les autres y projettent. Je n’ai pas besoin de me trouver belle. Je n’ai besoin que des conséquences que cela entraîne. Je sortis du bureau et lui fis signe de me suivre.
Derrière moi, je l’entendis marmonner en se relevant, presque amusée :
— Je comprends le conseiller quand il disait que tu étais têtue.
Je ne répondis pas.
Elle me suivait déjà.
Nous arrivâmes devant la troisième porte, celle en face de la salle de bain. Je passai le badge ; elle s’ouvrit dans un souffle discret.
— Voici ta chambre.
Tes deux valises sont là. Tu peux t’installer.
L’intérieur était simple, mais irréprochable.
Un lit bas aux draps parfaitement tendus, un bureau net, un dressing ouvert dans le fond.
Le bois beige foncé dominait, tempéré par des surfaces sombres.
Une lumière tamisée, ajustable selon les préférences, diffusait une chaleur calme sans tomber dans la mollesse.
Tout brillait de propreté. Le majordome était déjà passé.
— Waah… ça change de mon studio.
— Je te laisse t’installer.
Je lui laissai le badge puis je tournai les talons.
Mais derrière moi, je sentis un très léger tiraillement.
Elle avait agrippé l’extrémité de mon manteau.
Je m’arrêtai. Sans me retourner.
Elle lâcha aussitôt.
— Pardon. Mauvais réflexe. Je voulais juste poser une question.
— Pose-la directement.
— Tu vas dormir ?
— Il me reste la routine imposée par la Veuve Brune. Ensuite, oui.
— D’accord. C’est juste que… j’ai pas sommeil. J’ai déjà beaucoup dormi pendant le trajet.
Est-ce que… je pourrais te poser d’autres questions, avant que tu t’endormes ?
Un bref silence. Puis elle enchaîna, presque trop vite :
— Sauf si tu es fatiguée, bien sûr ! C’est vrai que toi, t’as peut-être pas dormi comme moi…
Je laissai planer un instant de silence.
Puis, d’un ton sec et sans appel :
— J’ai atteint la fin de mon créneau utile. Je me retire.
— D’accord, je comprends. Ai-je le droit de visiter les lieux ?
Je marquai une courte pause avant de répondre :
— Tu es ici pour une mission : me poser des questions afin d’éprouver mon jugement, ma justice, ma logique, affûter la tienne et aiguiser ta perception.
Tu peux donc faire tout ce qui sert directement cet objectif, à condition que ce soit une démarche logique et raisonnable.
— D’accord.
— Et le badge que je t’ai donné peut ouvrir la salle de bain. Je frapperai à ta porte quand j’aurai terminé.
— Prends ton temps !
Sans ajouter un mot, je fis volte-face et m’enfonça dans le couloir.
Mes pas résonnaient faiblement sur le sol, réguliers, précis.
Je traversai le bureau, vide, silencieux, et passai la porte dissimulée sur la paroi du fond. Ma chambre.
Je déposai mes affaires avec précision, ôtai mon manteau et le pliai comme toujours, sans perte de mouvement.
Puis je préparai ce qu’il fallait pour la douche.
La routine imposée par la Veuve Brune ne pouvait commencer qu’après, une fois le corps propre, la peau sèche, le miroir nettoyé.
Tous les produits étaient dans la salle de bain.
La douche, incluant shampoing, rinçage et lavage méthodique du corps, me prit un peu plus de vingt minutes.
Vint ensuite la routine de soins : nettoyage du miroir, application précise des produits, inspection minutieuse de chaque détail. Cette phase s’étira sur une trentaine de minutes.
Au total, il me fallut un peu plus de cinquante minutes pour achever la procédure dans son intégralité.
Une fois le miroir nettoyé, les flacons refermés et la dernière inspection terminée, je revêtis l’ensemble prévu pour le repos.
Puis je sortis.
Trois coups précis frappèrent la porte de la chambre.
Elle ouvrit aussitôt.
Elle cligna brièvement des yeux, surprise.
Pourtant je portais simplement un pyjama technique noir minimaliste, au col mao rigide.
Sobriété et fonctionnalité jusque dans le repos.
— La salle de bain est libre.
Je n’ajoutai rien. Elle hocha la tête, et je m’éloignai sans attendre de réponse.
Alors que j’allais entrer dans mon bureau, elle sortit, sa voix portée depuis l’encadrement de sa porte :
— Bonne nuit, Llina !
Je me retournai brièvement, d’un geste précis, et répondis d’un ton calme, mesuré :
— Bonne nuit, Sena.
Puis, sans autre échange, je poursuivis ma route vers le bureau, laissant derrière moi le couloir silencieux.
FIN DE CHAPITRE
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