Unmei no higeki
Yukiko présente Akaro au conseil comme une arme stratégique pour la ville. Mais entre méfiance, peur et tensions politiques, convaincre les dirigeants de lui faire confiance sera loin d’être simple.
La réunion débuta une heure plus tard.
La grande salle du conseil était plongée dans une atmosphère solennelle alors que la princesse Yukiko, entourée du chef de la garde et des huit conseillers, prenait place à la table ronde.
Les regards attentifs étaient fixés sur la jeune souveraine, attendant avec intérêt ses paroles.
Yukiko prit la parole d'un ton déterminé :
« Mes chers conseillers, je vous ai convoqués ici pour discuter d'une affaire urgente qui concerne l'arrivée inattendue d'un dangereux criminel.
Comme vous le savez, nous faisons face à une montée en puissance de menaces extérieures, notamment des criminels et des adversaires redoutables.
Et pas plus tard qu'hier, nous avons arrêté ce mystérieux assassin, qui dépasse le niveau de tous les ennemis que nous avons rencontrés jusqu'à aujourd'hui. »
Les conseillers hochèrent la tête, manifestant leur compréhension.
La princesse poursuivit :
« J'ai eu l'occasion de longuement discuter avec lui, comme vous le savez. Au premier abord, j'avoue avoir ressenti de la peur. Mais au fur et à mesure que nous parlions, j'ai compris qu'il y avait quelque chose à faire avec lui. Je l'ai donc interrogé sur ses motivations, j'ai cherché à savoir pourquoi il tuait autant, et sans discerner les bonnes et mauvaises personnes. C'est alors que j'ai appris... »
Elle marqua une pause, faisant naître un suspense dans le cœur de ses auditeurs, puis reprit :
« Qu'il faisait cela pour nourrir son esprit d'épéiste. »
Fière d'avoir utilisé un terme qu'elle venait d'apprendre, elle s'attendait à ce qu'on lui demande ce que cela pouvait signifier.
Mais les conseillers restèrent silencieux, continuant de la fixer.
Yukiko fut quelque peu déstabilisée.
« Vous savez tous ce que c'est ? » demanda-t-elle, l'air confuse.
Le chef de la garde répondit :
« Bien sûr. Comparé à de simples entraînements à l'épée, les combats à mort nourrissent davantage l'esprit d'épéiste, ce qui, en conséquence, cause une plus forte amélioration des capacités et autres compétences. »
Après avoir contemplé la connaissance du chef, la princesse murmura :
« Voilà ce que ça fait de passer ses journées dans la paperasse... »
Le chef regarda son Altesse et se hâta de savoir ce qu'elle avait dit.
« Je n'ai rien dit. » répondit-elle d'un ton ferme. « Alors, jusque-là, nous sommes d'accord pour dire que cela n'efface pas du tout ses crimes, et je suis complètement d'accord. »
Les conseillers hochèrent de nouveau la tête en guise d'approbation.
« Alors je lui ai proposé qu'au lieu d'embarquer les personnes qui ont du potentiel dans un combat à mort, il pourrait tuer des personnes redoutables, tout en servant l'intérêt de notre ville. Ainsi, les âmes charitables seront épargnées, vu que c'est nous qui lui dirons qui attaquer. »
Les conseillers furent perplexes.
L'un d'eux prit la parole :
« A-t-il réellement accepté de nous rendre un tel service ? »
« Oui. » répondit la princesse. « Il m'a confié que tant qu'on lui donnait l'opportunité de s'exercer et de tuer, cela lui conviendrait. C'est sûr que c'est mieux ainsi, plutôt que d'arpenter les rues à la recherche de fortes personnes à tuer. »
« Il est vrai qu'il n'avait pas l'air d'un idiot. » répliqua le chef avec sérieux.
« Il est intelligent, je l'ai ressenti lors de notre affrontement. Mais il a une mentalité d'insensé. Pardonnez-moi si cela semble remettre en question votre jugement mais, comment pouvez-vous être sûre qu'il ne se retourne pas contre nous et respecte bien ce qu'on lui dit ? »
Yukiko sourit légèrement, créant un mystère.
« Je ne peux pas vous en dire plus, mais nous avons un accord. Et je peux vous assurer qu'il ne nous trahira pas, et fera ce qu'on lui dit. Attention, il ne sera pas notre serviteur, mais notre mercenaire. »
Les conseillers s'inquiétèrent pour la sécurité de la princesse.
L'un des conseillers lui demanda, inquiet :
« Cet accord que vous avez eu, ne vous expose pas à un gros danger ? N'est-ce pas ? »
« Non. » dit-elle, l'air héroïque. « Cela ne me met pas plus en danger que si nous refusions de le compter dans nos rangs. Vous le savez mieux que moi. Mieux vaut être l'allié d'une personne de cette envergure. »
Le chef serra les poings.
« Et s'il se reproduisait la même chose que pour votre défunt père... Un jour comme ça, il pourrait perdre la tête, et tuer par pur caprice, comme l'entité. »
La salle entière fut saisie d'un silence pesant.
« Vous savez... » se confia le garde. « Quand il a fait un bond, après que votre artefact se soit agité, j'ai réévalué mes chances de l'emporter. »
D'un air dramatique, il poursuivit :
« Au départ, j'avais vu 2%, juste avant notre affrontement. Mais voir un 0%, c'est tout autre chose. Ça brise l'âme d'un guerrier... Surtout avec l'aura qui l'enveloppait... Si un pourcentage négatif existait, c'est sûr que le mien aurait plongé dans les bas-fonds. Ce type dégage vraiment quelque chose de sinistre. Il a une certaine ressemblance avec l'entité de l'épée. C'est à se demander s'il n'est pas son envoyé. »
Un conseiller prit la parole et fut d'accord.
« C'est vrai, nous ne savons même pas d'où il vient, ni son nom. »
La princesse sentit qu'elle perdait le contrôle.
Alors elle se leva, laissant paraître son apparence royale.
« Cette réunion a juste pour but de vous tenir au courant de ce que j'ai déjà fait. Car peu importe votre avis, j'ai déjà pris les devants et il est hors de question que l'on retourne en arrière. J'ai veillé à ce qu'il ait un intérêt personnel à la réussite de notre ville. Ses objectifs personnels seront alignés avec les nôtres, et il comprend parfaitement les conséquences s'il venait à trahir cette confiance. Et puis, si un jour il décidait tout comme l'entité, de nous exterminer par pur caprice, alors ça serait à moi d'endosser l'entière responsabilité. Je prendrai les armes, et me battrai avec tout ce que j'ai ! J'en fais le serment. »
Mais il mourra automatiquement pour non-respect du contrat.
Tous furent impressionnés et en quelque sorte rassurés par ce discours solennel de la princesse.
« La garde sera là aussi ! Vous ne serez pas seule, votre Altesse ! » s'exprima le chef.
Les conseillers échangèrent des regards, évaluant la proposition.
Finalement, l'un d'eux prit la parole :
« Votre Altesse, puisque vous avez déjà pris les devants et que vous semblez plus que déterminée et sûre de vous, nous devons vous faire confiance. Cependant, nous aimerions être tenus informés de l'avancement de ses missions et des résultats obtenus. »
Yukiko acquiesça.
« Je vous tiendrai informés de chaque étape de sa collaboration avec nous. Soyez assurés que je prends cette décision avec la plus grande responsabilité. »
« Il y a une chose que vous ne nous avez pas dite, votre Altesse », dit le conseiller le plus âgé. « Dites-nous comment est-ce que vous comptez garder son identité secrète ? Car si les dirigeants des autres villes voient que l'on a dans nos rangs un assassin qu'ils recherchent activement, nous nous attirerons leur foudre, et finirons par creuser notre propre tombe. »
« Vous avez déjà pensé à cela, n'est-ce pas ? » ajouta-t-il.
La princesse, fière de son idée, lui répondit :
« Absolument ! Laissez-moi vous exposer mon plan en détail. »
Ce fut alors le début d'une discussion approfondie, au cours de laquelle ils échangèrent leurs idées sur la manière de préserver l'identité secrète d'Akaro.
Entre-temps, la conversation fut agrémentée de quelques anecdotes sur Akaro lui-même.
C'était également l'occasion pour Yukiko de réprimander les conseillers responsables du premier contrat malhonnête.
Chapitre terminé
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