— Mademoiselle Sena… Peut-être qu’il serait temps d’aller vous coucher.
Je soupirai. Encore une réponse qui ne me suffisait pas.
— Pas encore. J’ai besoin d’une dernière réponse.
Il soupira aussi. Mais ce n’est pas grave. Il fallait que je sache.
— C’est la dernière pour ce soir. Et je vous promets, rien à voir avec son enfance.
— Je vous écoute.
— Elle cache ce qu’elle ressent… ou elle ne ressent vraiment plus rien ?
— C’est votre dernière question ?
— Pour cette nuit, oui.
Il prit un verre d’eau, s’enfonça dans le fauteuil.
— Et vous, qu’en pensez-vous ?
— Je pense qu’elle a quelque chose d’enfoui. Mais qu’elle ne sait pas le discerner. Ou qu’elle est dans une forme de déni… Pourtant, avec tout ce que j’ai vu, ses choix, ses silences, cette logique constante… j’en viens à douter.
— Vous a-t-elle déjà dit : Tu m’imagines ?
— Oui.
— C’est exactement ce que vous faites. Vous projetez sur elle ce que vous espérez y trouver. Vous voyez la cohérence, mais vous cherchez une faille. Une émotion cachée. Une raison affective pour justifier ce que vous ne comprenez pas.
Il posa son verre. Son regard devint plus précis.
— Mais voilà la vérité nue : Llina Delys est ce qu’elle a choisi d’être. Consciencieusement. Lentement. Sans retour. Elle porte une forme de justice qui repose sur les faits, la logique, la cohérence. Pour elle, les émotions ne sont que des indicateurs. Pas des juges. Elle ne fait aucun cas de sa vie et des désirs personnels, tout ça au profit d'une forme de justice la plus pure possible.
Je serrai les poings. Je venais de perdre.
Malgré les dossiers, les récits, les témoignages… L’évidence était là.
— Alors pour répondre : ce n’est pas qu’elle ne ressent pas. Elle ressent. Elle évalue. Puis elle trie.
Il se leva.
— Mais souvenez-vous : je ne suis qu’un conseiller. Mes réponses ne sont pas des vérités. Elles doivent être éprouvées par celle qu’elles concernent. Car même après toutes ces années… il y a tant de choses que j’ignore encore. Mais ce que je sais, je le sais avec certitude. Et c’est suffisant.
— Merci beaucoup pour vos réponses.
— Avec plaisir.
Il sortit de la salle.
J’étais maintenant seule dans cette salle où j’avais assisté à la visioconférence à mon arrivée.
Il était deux heures du matin… C’était l’heure d’aller dormir.
Je ne referais pas la même erreur.
Je me laverais demain matin.
Une image de Silice traversa mon esprit.
— Bon, je vais me laver, finalement.
Après être remontée à l’étage, puis lavée, je jetai un regard au bureau de Llina.
Elle avait rangé mon bazar…
Je posai alors mon regard sur la porte de sa chambre.
Je me surpris à m’approcher lentement, comme attirée par une curiosité irrépressible.
Le bureau était silencieux, lourd d’un calme presque sacré.
Je levai la main, hésitai.
Mes doigts frôlèrent la poignée froide, immobile.
Mon cœur battait plus fort, sans que je sache pourquoi.
Je restai là, figée, suspendue à un instant que je ne voulais pas briser.
Alors, sans un bruit, je reculais.
Pas cette nuit.
Je me demandai, à voix basse, presque pour moi-même :
« À quoi ressemble-t-elle quand elle dort ? Est-ce qu’elle est toujours froide, même pendant son sommeil ? Est-ce qu’elle fait des cauchemars ? »
Et dans ce silence, la porte me renvoya seulement mon souffle.
Je retournai dans ma chambre.
Et je m’étalai sur mon lit.
— Enfin…
Demain, qu'est-ce que je vais découvrir ? Si Llina est vraiment ce qu’elle est, je dois l’accepter.
Mais… Bon… J’ai trop réfléchi…
Peut-être que je devrais aller le voir demain.
Le lendemain matin, je me réveillai doucement, encore un peu engourdie. Je saisis mon téléphone, histoire de vérifier l’heure avant de sortir du lit. Je voulais surtout éviter Silice, pas envie de tomber nez à nez avec elle.
Sept heures onze.
Normalement, Llina est déjà à son bureau, plongée dans ses dossiers.
Je me levai, ramassai quelques affaires pour me changer. Pas de pyjama pastel aujourd’hui, le mien est à la machine, il faut que je le mette au sale… Mais bon, je vais quand même m’habiller en pastel, j’y tiens, c’est devenu un truc important pour moi.
Juste devant ma porte, une boîte m’attendait.
Un mot dessus : « De la part du majordome ».
J’ouvris la boîte, et là… surprise.
Des pyjamas pastel, presque identiques au mien, mais en plusieurs couleurs différentes.
Je pris le carton, le traînai avec moi jusqu’à ma chambre.
Il y avait aussi des chaussons. Bien plus cohérents que mes baskets pour trainer dans la chambre.
Sans perdre une seconde, je filai dans la salle de bain, me lavai le visage, brossai mes dents. J’enfilai un pyjama tout doux et pastel, puis me dirigeai vers le bureau de Llina.
Mais en ouvrant les portes, personne.
Je m’approchai du micro, un peu hésitante.
— Monsieur ?
Un silence. Puis la voix répondit, calme :
— Bonjour Sena. Que puis-je faire pour vous ?
— Où est Llina ?
— Kurokafu est sous couverture Veuve Brune, dans la zone des Arachniscorpus.
Je restai un moment à réfléchir, de ce que j'allais faire de cette information.
Mais il reprit avant que je puisse dire quoi que ce soit :
— Je vous déconseille d’y aller. Votre badge ne vous y autorise pas, et vous ne maîtrisez pas encore assez la hiérarchie.
— Oui, c’est vrai... Alors, est-ce que l’Argiope numéro deux est là ?
— Votre oncle ? Il est présent la plupart du temps, sûrement à son bureau. Vous pouvez vous y rendre, votre badge le permet.
— Je... je ne vais pas me perdre, hein ?
— Je vous assignerai un faucheur. Il vous attendra juste en bas, dans la cour.
— D’accord, merci beaucoup !
— Je vous en prie. Avez-vous bien reçu le colis ?
— Oui ! Merci beaucoup. Mais pourquoi ?
— J’apprécie votre détermination à ne pas vous fondre dans la masse de Kurokafu pour accomplir votre mission. Considérez cela comme un soutien de ma part.
— Encore merci ! Et… j’ai une question : où est-ce que je mets mes vêtements sales ?
— Dans la salle de bain, il y a un panier à linge. Des assistants passent tous les jours pour les récupérer.
— Noté !
Je déposai rapidement mes affaires dans le panier indiqué et descendis.
Dans la cour, le faucheur qui m’était attribué se tenait là. Sûrement plus jeune que moi, mais avec une présence effrayante.
Pendant qu’on avançait, il marchait légèrement devant, sans un mot. Contrairement à Llina… Je n’osais pas trop lui parler.
Pourquoi avec Llina c’était plus simple ? Elle est pourtant plus haut gradée que lui.
Une fois dans la zone des Argiope, j’essayai une première réplique :
— Ahem !
Il se tourna brièvement vers moi, s’arrêtant.
— Euh…
Il reprit sa marche sans répondre à mon hésitation.
— J’ai une question !
Il s’arrêta et me fixa, d’un regard presque mécanique. On aurait dit un robot…
— Est-ce que… tu te plais dans ce que tu fais ?
Il examina mon badge, le prenant dans ses mains.
— Je ne suis pas une intruse, hein ! Je fais juste mon travail.
Heureusement, j’avais pris mon contrat. Je le sortis et lui montrai.
Il lut rapidement, puis parla enfin :
— En quoi répondre à cette question sert-elle votre objectif ?
Je n’avais pas de réponse. En vrai, aucune. Juste de la curiosité. Comment un jeune peut-il choisir cette vie ?
Je décidai d’adopter la froideur de Llina, logique et directe :
— Sur ce contrat, il est écrit que je peux poser des questions. Alors, pouvez-vous simplement répondre ?
Un silence pesant. J’avais peut-être trop forcé...
Il plia soigneusement le contrat, me le rendit avec mon badge.
— Je n’ai pas de réponse à vous apporter. “Se plaire” n’est pas une notion enseignée aux faucheurs. Ce qui compte, c’est l’efficacité et la réussite des missions.
— Je comprends. Merci.
J’avais presque oublié : les faucheurs sont formés dès l’enfance… C’est inhumain. Quelle logique peut justifier ça ?
Nous arrivâmes aux quartiers des Argiope, huit bâtiments au total.
— C’est ici, dit-il en désignant un bâtiment marqué du numéro deux.
Nous entrâmes et arrivâmes à l’accueil, où un Caméléon nous reçut.
Je demandai à voir l’Argiope numéro deux, mon oncle. Le Caméléon hésita, sans vraiment me croire, à cause de mon pyjama pastel et mes chaussons lapins.
Mais le faucheur intervint, confirma que j’étais bien qui je prétendais être, et qu’avec mon badge et mon contrat, j’avais l’autorisation de voir l’Argiope numéro deux.
Le Caméléon acquiesça, puis appuya sur un petit bouton pour prévenir mon oncle de mon arrivée.
Le faucheur attendait patiemment à l’accueil, silencieux et immobile, tandis qu’un Caméléon m’accompagnait dans les couloirs vers le bureau de l’Argiope numéro deux.
Le long corridor était éclairé d’une lumière froide et blanche, reflet terne des néons au plafond. Les murs, d’un gris austère, portaient les marques d’un usage quotidien, usés mais impeccables. On devinait sans mal l’atmosphère pesante de l’administration : ici, tout n’était que paperasse, procédures et règles invisibles.
Je jetai un coup d’œil à mon pyjama pastel et mes chaussons lapins, incongrus dans ce décor rigide. Je me surpris à penser que c’était ce genre d’endroits qui m’attendait, une fois mes études terminées…
Le Caméléon s’arrêta devant une porte massive en métal, me fit un léger signe de tête, puis s’éloigna sans un mot.
Je pris une profonde inspiration, posai la main sur la poignée froide, puis ouvris la porte.
Mon oncle était là, assis à son bureau encombré de papiers, concentré sur une feuille qu’il rédigeait.
À mon entrée, il leva les yeux, cligna plusieurs fois, ajusta ses lunettes, puis éclata d’un cri surpris.
— SENA ?! C’est quoi cette tenue ?! Dis-moi que tu as pris la ligne royale pour venir habillée comme ça !
— Non, Llina ne m’a jamais dit que j’avais le droit, et avec tous ces contrôles…
— C’est Kurokafu, pas Llina !
— Elle m’en a donné la permission.
Il soupira longuement, baissa le ton.
— Bon. Que me veux-tu ?
Je lui racontai tout ce qui s’était passé depuis mon arrivée : ce que j’avais vu, entendu, mes impressions sur Llina, mes questionnements.
— La véritable nature de Llina Delys… Intéressant, ça ferait un bon titre de chapitre, lança-t-il avec un sourire en coin.
— Ah, sérieux tonton ?
— Comme je l’ai dit, c’est un chapitre d’histoire. Mais en vrai, on n’a pas besoin d’un chapitre pour ça. Elle est ce qu’elle est. Ce majordome a raison : ta quête ne mènera nulle part.
— Mais–
Il me coupa d’un geste ferme de la main.
— Donne-moi ton contrat, je vais le lire.
Sans un mot, je lui tendis.
Il prit le document entre ses doigts, l’examina attentivement.
Après cinq minutes il m’invita à m'asseoir.
Je le fis sans tarder, mes jambes devenaient lourdes pour rien.
— Tu as beaucoup de liberté, fit-il d’un ton calme. Alors ? Quelle faille as-tu trouvée dans la justice de Llina ?
— Euh… aucune. Pas encore… Ça fait même pas une semaine que je suis là…
— Et tu penses qu’avec le temps, tu en découvriras une ?
— Je sais pas. Peut-être. Mais… j’aurais besoin d’un point de départ. Tu peux me donner une piste ? Un détail que j’aurais raté ?
Il se leva sans répondre, puis s’approcha de la baie vitrée. En contrebas. Plus loin encore, des petites silhouettes se déplaçaient dans l'immensité.
— Tu ne comprends pas encore la question, souffla-t-il. Alors je vais la reformuler.
Il marqua une pause.
— Ne cherche pas une faille en Llina. Cherche une faille dans sa manière de rendre justice.
— C’est pareil, non ? Llina est sa justice.
— Non.
Il se tourna légèrement vers moi.
— Tes doutes, ils portent sur elle ? Ou sur ce qu’elle fait ?
Je baissai les yeux. Il avait mis le doigt dessus. Je le comprenais à peine, mais c’était vrai.
— Admettons que tu trouves une faille chez elle, poursuivit-il. Et après ? Tu crois qu’elle t’en sera reconnaissante ?
Il eut un sourire bref, presque amusé.
— Si elle découvre une faiblesse, même minime, elle la traque. Elle la dissèque. Puis elle l’élimine. Elle n’a pas besoin d’un miroir. Elle agit.
Il se retourna complètement.
— Alors… tu feras quoi ensuite ? Tu chercheras une autre faille ? Puis une autre ? Jusqu’à quoi ? Jusqu’à justifier ce qu’elle est ?
Il me fixa. Une lueur grave dans les yeux.
— À ce rythme, Sena, tu ne feras que confirmer ce qu’elle représente. Et tu passeras à côté de ta première mission.
Je restai un instant muette, confuse.
— Donc…
Les mots m’échappaient.
— Toi aussi, tu crois que… Llina est vraiment ce qu’elle montre ?
Il hocha lentement la tête.
— Après toutes ces années, oui. Llina n’est pas une héroïne cabossée qui cherche à se réparer. Elle ne mendie ni compassion, ni rédemption.
— Hé ! Dis-lui pas que j’écrivais ce genre de trucs… j’ai ma dignité.
Il ne sourit pas.
— Elle est ce qu’elle est. Son passé l’a forgée, pas détruite. Il a gravé en elle une seule chose : la conviction.
Il se rassit sur son siège. Sa voix s’était faite plus dure, plus droite.
— La justice ne peut être appliquée équitablement que par une main qui s’est vidée d’elle-même. Dès qu’on aime, qu’on espère, qu’on s’attache… on trahit le jugement.
Il croisa les bras.
— Elle ne nie pas les émotions. Elle les considère comme un poison. Subtil. Séduisant. Fatal. Et dans ce constat, Sena, il n’y a rien à corriger. Rien à guérir. Rien à pardonner.
— D’accord. J’abandonne l’idée que c’est un masque.
Il m’observa. Longtemps.
— Vraiment ?
— …Non. J’avoue.
— Têtue.
— Non. Juste… lucide. Si elle a raison, alors sa justice est juste parce qu’elle est inhumaine. Et ça… ça me reste en travers.
— Très bien. Alors définis les termes. Tu dis “inhumaine”. Qu’entends-tu par là ?
Il ouvrit un dossier, fit défiler.
— Tiens. Une phrase prononcée par elle, lors d’un jugement. Elle répondait à ceux qui l’accusaient justement d’être inhumaine.
Il lut :
— « Si l’humanité signifie la faiblesse, l’irrationalité, le favoritisme et le chaos, alors oui, ma justice est inhumaine. Mais si l’humanité s’entend comme la quête d’un ordre juste, universel et cohérent, alors ma justice en est l’expression la plus pure. »
Je me tus.
— Forcément… dit comme ça, c’est logique. Mais ça me dérange.
— Elle n’exclut pas les émotions. Elle les filtre. Elle les étudie. Mais elle ne les laisse jamais décider. Si la raison ordonne de tuer, elle tue. Même s’il y avait loyauté, en face.
Un silence.
— Alors… elle est… équilibrée dans son extrémisme ?
Je sentis une vague de froid glisser dans ma poitrine, comme si quelque chose se verrouillait en moi.
Il hocha doucement la tête, sans me quitter des yeux. Je continuai, mon regard fixant le sol.
— Et c’est peut-être ça le pire.
Il plissait les yeux, cherchant à comprendre.
— Pourquoi ?
— Parce que si sa justice est presque parfaite… alors elle l’est malgré l’humain. Et ça… ça me fait peur.
Le silence s’installa un instant. Ses yeux ne cillaient pas, perçants.
Puis, d’une voix basse, presque un murmure :
— Tu ne seras pas la première à avoir peur, Sena. Ni la dernière.
Je levai la tête, cherchant une réponse dans ses yeux.
— Et toi ? Tu n’as jamais eu peur d’elle ?
Un léger flottement traversa son regard, il détourna brièvement les yeux vers la fenêtre, comme pour regarder au-delà du visible. Puis, il revint à moi.
— Pas d’elle.
Il marqua une pause, serrant un instant les lèvres.
— Mais de la précision de ses jugements.
Il s’appuya un peu plus en avant, la voix calme, posée, presque didactique.
— Jusqu’à aujourd’hui, Llina a toujours jugé avec justesse. Même là où on pourrait crier à l’inhumain, en creusant un peu, on découvre que c’était en réalité l’option la plus cohérente, la plus juste, mais aussi la plus froide.
Ses doigts glissèrent lentement sur la surface lisse de la table, comme pour tracer le contour invisible de ses mots.
— Au début, j’étais parmi ceux qui cherchaient ses failles. Des failles logiques. Contrairement à son père, elle rend publics ses jugements. N’importe qui dans l’organisation, une fois l’affaire close, peut consulter les détails. Celui qui n’est pas d’accord peut la remettre en cause.
Il haussa un sourcil, un léger sourire presque imperceptible.
— Tu veux savoir ce qui est fascinant ? Personne ne l’a jamais convoquée. Parce que ses jugements… ils sont acceptés par tous ici comme justes.
Il croisa les mains, posées devant lui, le visage grave.
— Une logique irréprochable. La seule objection possible serait émotionnelle. Mais l’émotion, c’est subjectif. Chez Kurokafu, ça ne tient pas.
Je restai silencieuse, l’esprit en ébullition.
— Alors vas-y. Cherche. Tu verras que les seules failles… sont en nous.
Je baissai les yeux, hésitante.
— Mais même toi, et toute l’organisation, vous n’avez jamais rien trouvé à redire… à moins que la peur de mourir ait empêché certains d’agir ?
Il me fixa intensément, et sa voix s’adoucit.
— Beaucoup pensent encore que c’est le père de Llina qui dirige, en secret. Qu’il s’est simplement retiré ou qu’un remplaçant gère à sa place.
Un léger soupir.
— Elle a même abrogé l’ancienne loi : ‘Celui qui remet en cause Kurokafu, et échoue, meurt.’ Pas par clémence. Mais parce qu’elle sait que la vérité se défend seule.
Ses yeux perçants revinrent me chercher.
— Peut-être que la peur joue un rôle. Mais le résultat est là. Incontestable.
Je laissai échapper un souffle, désemparée.
— Alors… comment moi, je vais trouver une faille ?
Il esquissa un sourire qui n’atteignit pas ses yeux.
— Je n’en ai aucune idée, Sena. Tu as accepté ce contrat, c’est ton travail. Et s’il n’y a rien à trouver, alors il n’y aura rien.
Il inclina légèrement la tête, comme un conseil.
— Si ça te semble perdu d’avance, alors abandonne la mission discrètement. Profite de ta position pour apprendre davantage sur elle. Ça pourrait te servir, un jour, si tu décides de prendre ma place.
Je me tournai pour m’en aller.
— Tu oublies ton contrat.
Je regardais le document sur son bureau. J’hésitai avant de venir le prendre.
— Si ça peut t’encourager, Kurokafu ne rejette pas l’humain. Elle rejette ce qui s’effondre.
J’esquissai un petit sourire. C’était une phrase qui avait pour intention de m’encourager, et c’était très rare venant de mon oncle.
Je repris le contrat. Un bref salut, un dernier regard… et je quittai la pièce, plus troublée que je ne voulais l’admettre.
Finalement… ce que je croyais voir… ce n’était pas la vérité. Juste un reflet de ce que je voulais y trouver.
FIN DE CHAPITRE
Chapitre terminé
Connexion requise.
Connectez-vous pour publier.
Aucun commentaire.