De retour dans la salle, je constate que les discussions vont bon train. Certains agents sont absorbés dans des conversations animées, tandis que d’autres s’affairent à prendre des notes frénétiques, notant les descriptions physiques des personnes susceptibles de les avoir aidés lors de leur infiltration. Ils s’efforcent de fournir les détails les plus précis possibles.
Après quelques heures, un autre Misumena Vatia entre pour récupérer les écrits. Les conversations reprennent alors, moins urgentes mais toujours aussi concentrées.
En poursuivant nos échanges, nous découvrons avec étonnement qu'il n’y a que quatre Faucheurs pour mener l’assaut sur Azplent. Quatre Faucheurs pour anéantir quatre repaires distincts. Kurokafu a donc prévu un Faucheur par repaire, une stratégie à la fois audacieuse et risquée. Chaque repaire, avec ses propres défenses et particularités, devra faire face à un seul Faucheur, ce qui semble relever d’une folie inouïe.
Face à cette révélation, l’un d’entre nous décide de contacter en urgence l’Argiope responsable de l’assaut. Dans un climat de tension croissante, il tente d'expliquer que le repaire auquel le Faucheur assigné et destiné est le repaire principal, donc le plus dangereux. Cette intervention souligne l'ampleur du danger et l'importance cruciale de l’avertissement.
L’Argiope, cependant, semble extrêmement contrarié. « Tu ne te moquerais pas un peu de moi ? » demande-t-il d’un ton agacé.
« Nous sommes cinq à avoir été sur place pendant deux ans, nous savons de quoi nous parlons. »
« Avez-vous tout détaillé dans vos rapports, chers Luminara ? »
« Oui, nous avons tout couvert, » répondent-ils en chœur.
« Très bien. »
Soudain, l’écran devient noir ; l’Argiope a interrompu la communication sans préavis. Une vague d'incompréhension et de frustration parcourt la salle.
Après plusieurs minutes de silence tendu, la communication est rétablie. Un jeune homme apparaît à l’écran aux côtés de l’Argiope, dégageant une aura similaire à celle du Faucheur rencontré pendant mes congés. Il est légèrement plus grand, avec de longs cheveux noirs et vêtu d’une tenue tactique de combat.
« J’ai convoqué le Faucheur responsable du repaire numéro un d’Azplent. Jeune Faucheur, as-tu lu leur rapport ? » demande l’Argiope.
« Oui, j’ai tout lu, » répond le Faucheur d’une voix assurée.
« Et donc ? Penses-tu avoir besoin de renfort ? »
« Non. Les informations que j’ai reçues me suffisent pour accomplir ma mission. »
« Je vois. Avez-vous d’autres questions pour lui, Luminara ? »
Le silence s’installe. Le Faucheur affiche une telle confiance que personne n’ose émettre le moindre doute. L’Argiope, peu enclin à attendre plus longtemps, coupe rapidement la communication.
Nous reprenons nos discussions entre nous. Certains, ayant déjà vu des Faucheurs en action, ne peuvent s’empêcher de raconter leurs prouesses et à quel point ils sont terrifiants. Si l’Argiope a jugé qu’un seul Faucheur était suffisant, c’est probablement qu’il est particulièrement redoutable.
Le lendemain, l’opération commence à vingt heures précises. Toute la journée, jusqu’au début de l’assaut, nous échangeons avec le Faucheur qui nous est assigné. Sur nos écrans, nous avons quatre caméras : une montrant ce qui est devant lui, une autre dans son dos, et deux supplémentaires sur les côtés.
Tout est conçu pour que nous puissions assister le Faucheur dans sa mission de la meilleure manière possible. Nous avons la possibilité d'agrandir, de cacher ou de réduire les images des caméras selon nos besoins.
Nous assistons à l’entretien méticuleux de ses armes. Il est évident que ce Faucheur est un professionnel. L’aisance avec laquelle il recharge ses armes est impressionnante. Bien que nous ayons nous aussi des armes et des compétences en combat, cela n’a rien à voir avec les Faucheurs, qui sont façonnés dans un moule impitoyable.
Le Faucheur chargé d’éliminer les tueurs des Caméléons a terminé sa mission. La Veuve Brune, quant à elle, a réussi à s’infiltrer et à saboter le repaire numéro deux de l’intérieur, après avoir soudoyé ses occupants.
Puis l’heure arrive…
À vingt heures précises, l’opération commence. Les écrans s’illuminent, et nous sommes immédiatement plongés dans l’horreur de la mission du Faucheur. L’atmosphère dans la salle est lourde, marquée par une tension palpable.
Les caméras nous montrent le Faucheur pénétrant dans le repaire, une véritable forteresse de béton et de métal, un dédale de couloirs sinistres et de chambres sécurisées. Chaque mouvement est exécuté avec une précision phénoménale, mais ce qui s'annonce est loin d'être clinique.
Dès son entrée, le Faucheur se dirige vers la salle de réunion où se trouvent les dirigeants du repaire. La caméra frontale capte des cris étouffés alors que les gardes sont rapidement réduits au silence par des techniques d'élimination impitoyables. Nous voyons le Faucheur faire irruption dans la salle, un ballet macabre de violence éclatant sous nos yeux. Les dirigeants, pris par surprise, sont abattus dans un carnage effroyable. Les corps s’effondrent sur le sol, leurs visages figés dans des expressions d’horreur. Les éclats de lumière des éclairs sporadiques des armes à feu illuminent brièvement la scène, révélant l'ampleur de la destruction.
Au passage, le Faucheur se rend dans ce qui semble être une chambre chaleureuse. La Veuve Brune était assise sur le lit, en train de boire un verre de vin. Le Faucheur brise la fenêtre et laisse tomber un long câble noir pour que la Veuve Brune puisse s’échapper par là.
Ensuite, le Faucheur descend vers les sous-sols où sont entreposées les technologies de pointe d’Azplent. Les caméras montrent des niveaux de sécurité imposants, protégés par des systèmes de défense sophistiqués. Le Faucheur déjoue les alarmes avec une maîtrise glaciale, et les caméras latérales captent des explosions dévastatrices alors qu'il dynamite les équipements. Les flammes embrasent les couloirs étroits, éclairant les murs couverts de suie et de débris. Les explosions résonnent comme des coups de tonnerre, chaque détonation ébranlant les structures du repaire. Le feu consume tout sur son passage, transformant les avancées technologiques en un océan de métal tordu et de fumée noire.
Enfin, le Faucheur affronte les derniers défenseurs, des hommes et femmes pris dans un cauchemar sans fin. Les caméras latérales montrent les combats dans toute leur brutalité : les derniers défenseurs se battent désespérément, leurs cris de terreur se mêlant aux détonations des armes. Le Faucheur déploie une violence calculée, abattant ses adversaires avec une efficacité glaciale. Les scènes de lutte sont terrifiantes, les corps se répandant comme des poupées de chiffon au sol, certains encore en vie, leurs souffles courts et haletants mêlés à des gémissements de douleur.
À chaque mouvement, le repaire se transforme en un champ de désolation. Les derniers résistants sont écrasés sous la force implacable du Faucheur. La caméra montre des éclaboussures de sang et des fragments de chair éparpillés autour de lui, un tableau macabre de destruction totale. Les murs, maintenant couverts de marques de lutte et de destruction, semblent se décomposer sous le poids de la violence.
Lorsque la mission est enfin terminée, le repaire est un désert de dévastation. Le Faucheur, couvert de la poussière des décombres et de la sueur du combat, fait un dernier tour des lieux pour s'assurer que tout est réduit en ruines. Il quitte le site, laissant derrière lui un paysage d'horreur et de carnage.
Le silence retombe dans la salle alors que nous digérons les images et les données collectées. La brutalité et la compétence du Faucheur sont impressionnantes, mais la scène de destruction totale laisse une empreinte indélébile. Le repaire est anéanti, les cris et les destructions résonnent encore dans nos esprits, marquant une étape sombre dans cette guerre impitoyable.
Je ferme les yeux un instant, essayant de chasser les images de carnage et de feu, mais les souvenirs sont trop puissants pour être écartés.
Il y a deux ans, j'avais moi-même arpenté ces couloirs sombres et labyrinthiques. Ce repaire, autrefois un lieu de mission et de routine, était devenu une seconde maison. Chaque coin, chaque couloir était familier, imprégné des petites marques du quotidien : les graffitis laissés par les agents, les traces d’usure sur les murs, et les odeurs uniques des lieux. J’avais passé tant d’heures dans ces salles, observant les rouages complexes de la machine Azplent, cherchant à comprendre et à anticiper.
Je me rappelle des journées interminables et des nuits sans fin, des stratégies et des plans qui s’élaboraient au fil des heures, des discussions intenses autour des tables où le café refroidissait lentement. La routine était implacable, mais il y avait une sorte de réconfort dans la familiarité, une certaine camaraderie entre les murs froids et les écrans clignotants. Les visages des collègues, les rires étouffés, les moments de stress partagé... tout cela semble si lointain maintenant.
En regardant le Faucheur transformer ce lieu de travail en un champ de décombres, je ressens une étrange nostalgie. C’est comme si, à travers les flammes et la destruction, un morceau de mon passé s’effondrait également. Les souvenirs de cette vie passée, marquée par des heures de labeur et des moments de camaraderie, se mélangent à la réalité brutale de ce qui est devenu. Le repaire est méconnaissable sous la dévastation, un contraste frappant avec les souvenirs plus sereins qui m’habitent.
Il est difficile de ne pas ressentir une certaine tristesse en voyant ces lieux que j'avais appris à connaître comme le fond de ma poche, réduits en ruines. C’est comme si une partie de moi était emportée par les flammes, une part de mon passé effacée par la violence et le chaos. Ce lieu, que j’avais un jour appelé « le travail », est maintenant devenu un symbole de perte et de changement.
Le temps passe, et le Faucheur poursuit sa mission, laissant derrière lui un paysage dévasté. Je me demande ce que deviendront ces lieux, ces souvenirs. La nostalgie me serre le cœur alors que je regarde le Faucheur quitter le site, laissant derrière lui une empreinte indélébile de destruction. Tout ce que je peux faire maintenant est de laisser ces souvenirs se fondre dans le passé. Car après tout, c’est à Kurokafu que j’ai dédié ma vie.
Alors qu'il s’éloigne, les sirènes de la police se font de plus en plus proches. Les voitures de patrouille affluent de tous les coins, convergeant vers le lieu du carnage avec une intensité presque frénétique. Les policiers, armés de lampes torches et de talkie-walkies, se déploient en formations coordonnées, cherchant à comprendre et à maîtriser la situation.
Le Faucheur, vêtu de sa tenue noire tactique, se fond dans les ombres. Sa silhouette agile se déplace avec une précision méthodique, évitant les faisceaux lumineux des policiers qui balayent la zone. Il se glisse entre les décombres et utilise les incendies comme couverture pour progresser discrètement. La scène est une danse macabre entre le chaos des flammes et le calme furtif de l'éliminateur.
Malgré la confusion ambiante, le Faucheur garde son calme. Il connaît le terrain, chaque recoin, chaque échappatoire. Son avancée est silencieuse et calculée, évitant habilement les zones de forte activité policière. Il parvient à se rapprocher de la sortie du site sans être détecté, se fondant dans le chaos environnant.
Mais alors qu’il s'apprête à franchir les barrières de sécurité, un policier, plus perspicace que les autres, remarque sa présence. Ce dernier, bien que fatigué par les heures de travail acharnées, reste alerte et observe le Faucheur avec suspicion. Il s’avance vers lui, armé d’une lampe torche qui éclaire le visage impassible du Faucheur.
« Hé ! Vous là-bas ! » appelle le policier, la voix empreinte de fatigue mais déterminée.
Le Faucheur, sans un mot, sort lentement un badge Kurokafu de sa poche. Le policier scrute le badge avec un regard perplexe, le visage se détendant peu à peu à mesure qu'il reconnaît l’emblème de Kurokafu. Le regard du policier passe du badge au Faucheur, puis se détourne, comme s'il avait pris une décision tacite de ne pas s’opposer à lui.
« Vous êtes... vous êtes de Kurokafu, n’est-ce pas ? » demande le policier, la voix pleine d’une respectueuse hésitation.
Le Faucheur hoche la tête lentement, sans mot dire. Le policier, visiblement déstabilisé mais conscient de la supériorité de la situation, fait un geste vague de la main, permettant au Faucheur de passer sans difficulté.
« Très bien, allez-y. Faites attention... » murmure le policier, presque comme s’il essayait de convaincre lui-même de l’innocuité de la situation.
Le Faucheur remercie d’un signe de tête et continue son chemin, se fondant à nouveau dans les ombres, tandis que le policier regarde son départ avec un mélange d’étonnement et de soulagement.
Il quitte la zone. Tout à coup, une série de bruits sourds et étouffés commence à se faire entendre. Des explosions de plus en plus fortes résonnent, et la salle où nous sommes est envahie par un vacarme assourdissant. L’air semble vibrer sous l’impact des détonations lointaines.
Les caméras, désormais éteintes après le départ du Faucheur, sont remplacées par un écran noir, ce qui nous prive de toute visibilité sur les derniers instants. Seules les ondes sonores parviennent à nous relater la scène. Les explosions deviennent de plus en plus violentes, et les bruits s’intensifient, comme si le bâtiment tout entier était en train de se désintégrer dans un cataclysme final.
Les détonations se succèdent en une série d’échos terrifiants, un rugissement ininterrompu qui semble engloutir tout autour. L’intensité de l’explosion est telle qu’elle se fait sentir même à travers nos équipements. Les murs vibrent, et les grésillements des haut-parleurs se mêlent au bruit de la destruction. Une puissante onde de choc semble se propager à travers l’air, comme une vague dévastatrice, alors que les explosions atteignent leur paroxysme.
Chaque détonation est suivie d’un grondement, comme si le bâtiment entier était en train de se faire pulvériser sous l’effet d’une force titanesque. Les bruits sont si puissants qu’ils écrasent presque tout autre son, créant une cacophonie terrifiante. Les grondements se dissipent lentement, laissant place à un silence oppressant, seulement rompu par le crépitement de l'incendie lointain.
Lorsque le vacarme finit par se calmer, tout est plongé dans un silence lourd. Après quelques minutes, la voix du Faucheur se fait entendre :
« Mission terminée. »
Au même moment, quatre lumières vertes apparaissent sur le grand écran. Chaque Faucheur avait terminé sa mission exactement au même moment.
L’Argiope réapparaît sur l’écran.
« Merci pour votre travail à tous. Tous les repaires d’Azplent ont été anéantis avec succès. Nous laissons le reste aux Saboteurs qui se chargeront de détruire plus profondément cette organisation. »
Nous n’avions même pas eu besoin d’intervenir, le Faucheur a tout entrepris de lui-même.
Le Misumena Vatia nous ouvre les portes, et toutes nos affaires peuvent être récupérées en sortant.
À peine sorti, je me suis immédiatement dirigé vers la zone des Luminara, c’est là-bas que je passe mes nuits. J’ai pris une bonne douche, et me suis ensuite écroulé dans mon lit.
FIN DE CHAPITRE
Chapitre terminé
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