À la sortie de la fac, les étudiants commençaient à s’écouler. Un par un. Puis par groupes. Puis en foule.
Ils traînaient des sacs, débattaient de cours qu’ils oublieraient d’ici une semaine.
Parmi les voitures du parking, une limousine noire. Simple, sans insigne, sans escorte.
À l’intérieur : un chauffeur et… moi.
Officiellement, j’étais la présidente d’un groupe privé de sécurité.
Officieusement, j’étais le cœur logique, froid, structurant d’une organisation que beaucoup classaient comme criminelle.
On appelait cette organisation Kurokafu.
Et on appelait aussi ainsi celui, ou celle, qui la dirigeait.
Je n’étais pas venue pour me montrer. Encore moins pour recruter.
J’attendais une étudiante du nom de Sena.
Elle était en droit. Sérieuse, discrète, compétente.
Et surtout, elle était la nièce d’un conseiller stratégique de mon cercle rapproché, un vieil homme que je respecte, bien qu’il soit assez conservateur sur beaucoup de points.
Lui voyait en elle une possible héritière de sa place.
Elle, n’avait jamais formulé un tel désir.
Mais ce n’est pas pour cela que je l’avais contactée.
Je n’avais pas besoin d’une promesse d’engagement.
Je voulais un regard extérieur. Un regard honnête, encore capable de poser les questions que mes agents n’osaient plus.
Cinq minutes plus tard, Sena apparut sur le trottoir, tirant deux valises à roulettes.
À côté d’elle marchait une autre jeune femme, à la démarche tranquille, qui jetait de temps à autre un regard vers elle, comme pour s’assurer qu’elle allait bien.
Le chauffeur sortit pour ouvrir le coffre.
— Bonjour ! dit la jeune femme avec un sourire franc, presque rayonnant.
Le chauffeur répondit par un simple hochement de tête, puis prit les valises.
— Alors, Flora, qu’est-ce que tu vas faire pendant les vacances ? demanda Sena en ajustant la poignée de son sac.
— Retourner dans mon village natal, voir ma famille… et me rendre à l’assemblée chrétienne où j’adorais aller quand j’étais petite.
Sa voix avait ce ton clair et sûr de ceux qui parlent de souvenirs paisibles, et ses yeux pétillaient légèrement à l’évocation de ce passé.
— Et toi ? reprit-elle, en penchant un peu la tête vers Sena, attentive.
— Chercher un travail. J’ai besoin d’argent.
Flora eut un bref mouvement de tête, et son sourire s’adoucit.
— Tu trouveras, j’en suis sûre. Tu mérites mieux que de t’inquiéter pour ça.
Le coffre se referma dans un claquement sec.
— Bon, prends soin de toi, dit Flora, en posant brièvement une main sur l’épaule de Sena.
— Toi aussi !
Elles échangèrent une que Flora prolongea d’une seconde de plus, comme si elle avait du mal à la laisser partir.
Puis Sena se dirigea vers la portière arrière.
Flora resta sur le trottoir, les mains dans les poches de son manteau, suivant du regard son amie tandis qu'elle disparaissait à l’intérieur, un petit sourire aux lèvres, mais les yeux plus sérieux qu’avant.
Elle s’installa rapidement Sortit ses affaires, un carnet, un stylo.
Je l’observai en silence.
Elle était nerveuse, mais elle tenait bon.
— Prends ton temps. Ne te précipite pas.
Elle inspira profondément. Puis :
— Pourquoi m’avoir proposé ce travail ?
Je pris une gorgée de vin.
— Je cherche à m’éprouver à travers un regard un peu plus naïf. En formation.
Je t’offre la possibilité de me poser les questions que tu veux.
J’y répondrai avec mes connaissances. Sans complaisance. Fidèle à moi-même.
— Et… vous me payez combien ?
Elle se reprit aussitôt, le ton trop rapide.
— Non ! Ce n’est pas par intérêt… juste pour savoir si je dois chercher un autre petit boulot à côté… Pour la rentrée.
— Je te paierai ce dont tu as besoin. L’argent n’est pas un problème avec moi.
— Juste… pour poser des questions ?
— Ce n’est pas “juste”. C’est fondamental.
Tu peux aussi voir cela comme une formation.
Apprendre de moi, d’aussi près… c’est une première dans toute l’organisation.
Elle ouvrit son cahier. Des notes étaient griffonnées partout. Elle le feuilleta quelques secondes, murmura :
— Par où commencer…
— Commence par ce que toi, tu veux vraiment comprendre.
Elle leva les yeux vers moi. Hésita un instant.
— Quand je demande à mon oncle de vous décrire, il me répond toujours la même chose : logique. Absence de sentiment.
Vous êtes vraiment comme ça, ou vous l’êtes devenue ? Je veux dire… même à Kurokafu, on ne naît pas détaché, si ?
Je ne répondis pas tout de suite.
Le moteur se mit en en douceur.
Et je commençai à répondre.
Ce jour-là aurait dû être un jour de joie. Je venais tout juste d’avoir six ans. Ma mère m’avait serrée contre elle ce matin-là, me promettant une surprise. Mon père, l’ancien dirigeant, était soi-disant en déplacement. Alors j’avais cru, un instant, pouvoir goûter à une chaleur humaine, fragile et incertaine.
Un gâteau blanc, modeste. Quelques fleurs fanées. Et un petit lièvre au pelage doux, tout juste offert par ma mère, que je tenais Je l’avais nommé Kei.
Puis la s’est ouverte.
Il était là.
Mon père n’avait jamais été en déplacement. Il observait, il testait. Il regarda la scène — ma mère, le gâteau, l’animal — d’un œil dur, froid.
Puis il frappa.
Un revers du bras, sec et violent, sans colère, juste une sentence. Ma mère chuta.
D’une main, il me saisit, de l’autre il prit le lièvre.
« Tu continues de l’empoisonner, » dit-il à ma mère. « Elle doit apprendre. »
Il ne dit rien de plus. Il s’en alla avec moi.
La pièce était nue. Murs bruts, béton froid, lumière blanche suspendue.
Il jeta le lièvre à terre. Je chancela, debout, incapable de comprendre.
La porte claqua.
« Tu ne sortiras que lorsque tu auras compris. »
« Les émotions ne servent à rien. Les larmes ne nourrissent pas. »
« Je vais tuer ce poison qui est en toi. »
Puis il partit.
Premier jour.
Je pleurai. Longtemps.
D’abord sans bruit. Puis fort. Très fort.
Je criai pour appeler ma mère. Personne ne vint.
Le lièvre tremblait contre moi.
Je le pris dans mes bras. Je lui dis :
— T’as peur aussi, hein ?
Il était chaud. Vivant. Et… doux.
Plus tard, la gorge me brûla.
Je cherchais de l’eau. Rien.
Je léchais les murs. Puis la fourrure du lièvre.
Un goût fade, mais humide.
— Il faut boire… sinon je vais mourir.
Deuxième jour.
La lumière me faisait mal aux yeux.
Le lièvre dormait encore.
Il entra. Je levai les yeux. Les lèvres sèches.
— Est-ce que tes larmes t’ont nourrie ? Tes supplications, ont-elles changé quelque chose ?
— Est-ce qu’elles t’ont fait sortir ?
Il posa une lame au sol. Puis il ressortit.
Je ne bougeai pas.
Je regardai la lame.
Puis le lièvre.
Puis mes mains.
Je murmurais tout bas :
— Pleurer ne me nourrit pas.
— Crier ne me fait pas sortir.
— Appeler ne fait venir personne.
Je ramenai mes jambes contre moi.
— Peut-être qu’il veut juste me tester.
— Peut-être qu’il ouvrira la porte au bout de la semaine…
Je me tus.
— Non. Papa n’est pas comme ça. Il a dit : “Je vais tuer le poison.”
Il n’attend pas. Il regarde.
Mon regard tomba sur le lièvre.
Il ouvrit les yeux. Il me regarda.
Je sentis ma gorge se resserrer.
— Ce lièvre… je ne peux pas le manger. Pas parce que je ne peux pas…
— Mais parce que je l’aime.
Long silence.
— Et c’est justement ça, le poison.
— C’est ça qu’il veut tuer.
— Alors… il ne viendra pas. Pas tant que je l’aime.
Je fermai les yeux.
— Mourir de soif ou de faim ici alors qu’il y a de quoi se ressourcer… L’émotion va me tuer.
— Alors je dois la tuer avant.
Troisième jour.
Je n’avais plus faim. Juste froid. Et flou.
Mais je voyais encore la lame.
Et je le voyais, lui. Ce qu’il voulait voir.
Je posai la lame sur sa gorge.
Le lièvre ne bougea pas.
— Pardon. Je suis désolée.
Je tuai.
Proprement.
Sans colère.
Sans joie.
Je bus le sang. Lentement.
Puis je mangeai.
La porte s’ouvrit.
Il entra.
Je ne levai même pas les yeux.
J’étais assise. Les mains tachées. Le regard fixe. Calme.
Il s’approcha.
— Tu es encore en vie.
Il hocha la tête.
— C’est que tu as compris.
Il me rendit à ma mère.
Sans explication.
Comme si tout cela avait été… normal.
Je levai les yeux vers Sena.
Je la scrutai un instant, cherchant la moindre faille dans son regard.
Elle était figée, les yeux grands ouverts.
Son souffle se fit plus court.
— Alors… que penses-tu de ça ? demandai-je, sans détour.
— À seulement six ans et… déjà ? murmura-t-elle, déconcertée.
— En mon temps, Kurokafu formait certains types d’agents dès leur plus jeune âge, et ils étaient plus à plaindre que moi.
Je la vis se gratter la tête avec son stylo, visiblement perdue entre ce qu’elle avait noté et ses pensées.
Elle reprit, hésitante :
— J’ai forcément énormément de questions avec cette seule histoire, mais je vais m’en tenir à mes notes. Combien de temps resterons-nous ensemble ?
— Nous serons ensemble pendant toutes tes vacances scolaires.
Elle griffonna rapidement sur son carnet, avant de lever les yeux et de poser une nouvelle question. Son regard montrait qu’elle commençait vraiment à comprendre, l’opportunité que ce poste pouvait lui offrir dans son propre cheminement.
— La première fois que vous avez ôté la vie ?
— Douze ans.
Son souffle se coupa un instant.
— Pa–Pardon ?... Vous sembliez proche de votre mère, quelle a été sa réaction ? La mère de mon amie lui tire les oreilles dès qu’elle rentre tard… Alors un meurtre…?
Mon visage resta impassible, mon regard fixe.
— Je n’étais plus proche de ma mère à ce moment-là. J’avais déjà commencé à assimiler la logique et la froideur. Ce jour-là, c’était la dernière fois que je la vis.
Elle hocha la tête, visiblement impatiente, les yeux fixant les miens.
— Je vois… Ma prochaine question se base sur ce que mon oncle m’a raconté de vous.
Elle s’approcha de son cahier pour en lire sa question.
— Vous êtes différente de votre père dans votre façon d’agir. Comment avez-vous fait ? Qu’est-ce qui vous a empêché de devenir comme lui ? Et comment s’est passée la transmission du pouvoir ?
— Une simple prise de conscience, née de mon premier meurtre.
— Produite par ?
— Ma mère.
— Expliquez, s’il vous plaît.
La dernière rencontre était un soir calme, comme suspendu hors du temps, mais dont les cicatrices restaient ouvertes.
Ce jour-là, je venais de commettre mon premier acte d’exécution. Donc j’avais douze ans, comme je te l’ai dit.
Un agent de Kurokafu, condamné pour trahison.
Mon père m’avait confié la tâche : traquer, capturer, exécuter.
Je n’avais pas hésité.
Un tir précis.
Une chute.
Une tache de sang.
La justice avait été rendue.
Quand ma mère l’apprit, elle s’effondra. Elle pleura. Pas devant les autres. Pas devant les murs. Mais ce soir-là, nous étions seules.
— « Il veut te transformer… te rendre comme lui. »
— « Je t’ordonne de ne pas devenir comme lui. »
Je levai les yeux vers elle. Ce visage que j’avais toujours vu tendre, souriant malgré les coups, était maintenant défiguré par les larmes.
Un me traversa soudain.
Comment osait-elle ?
Elle, simple femme.
Elle, inférieure dans la hiérarchie.
Elle, gouvernée par l’émotion, l’attachement, le refus de l’ordre.
Elle osait me donner un ordre.
Alors que j’allais répondre, une pensée s’immobilisa en moi.
Pourquoi ai-je méprisé ce conseil avant même de l’examiner ?
Parce qu’il vient d’une femme qui pleure…
Parce qu’il vient d’une personne gouvernée par l’émotion…
Et parce que je méprise cela — exactement comme mon père le ferait.
Cette réalisation me frappa.
Pas comme une douleur.
Mais comme un verdict.
J’étais en train de devenir comme lui.
Pour la première fois depuis longtemps, je pleurais.
Pas bruyamment.
Pas longtemps.
Juste assez pour que ma mère vienne me serrer dans ses bras.
Juste assez pour qu’une faille s’ouvre… puis se referme.
Nous ne nous revîmes plus.
Et la transmission de pouvoir ? Il n’y en a pas eu. J’ai pris le pouvoir par suite logique. Juste après mon premier meurtre j’ai entamé pendant un mois, une formation sévère sous la surveillance d’un agent implacable.
Puis, sans prévenir, un chauffeur vint me chercher.
Il prononça la sentence comme une nouvelle :
— « Ta mère est morte. »
Cette fois, c’était mon père qui vint observer ma réaction.
Mais je ne dis rien.
Je ne pleurai pas.
Je ne tremblai pas.
Je le regardai simplement, et pensai :
Qui aurait osé toucher à la femme de Kurokafu ?
Nous montâmes en voiture.
Un silence pesant, presque tangible, s’installa.
Puis mon père sortit une clé, métallique, noire, gravée de trois cercles.
— « À partir d’aujourd’hui, je te mets aux archives. »
— « Celles dans le QG principal. Tu sais lesquelles. »
— « Tu vas trier. Jeter les anciens dossiers. Les morts prennent trop de place. »
Il ne me regarda pas.
C’était une tâche.
Rien de plus.
Une corvée administrative.
Mais je compris.
C’était un seuil.
Je l’acceptai.
C’est à ce moment que le compte à rebours de mon père commença.
Sena écrivit sur son cahier, comme si elle prenait notes d’un cours d’histoire.
Cela faisait deux ans que je vivais dans les archives.
Officiellement, ma tâche était ingrate : trier les dossiers, détruire les dossiers des agents morts, désengorger les archives internes de Kurokafu.
Officieusement, c’était une salle d’autopsie. Une salle où je disséquais le règne.
Chaque jour, je lisais. J’étudiais. Je recoupais. Je n’effaçais rien.
Et bientôt, les incohérences apparurent.
Des jugements irrationnels.
Des sentences contradictoires.
Certains agents exécutés pour une erreur légère ; d’autres épargnés malgré des fautes graves.
Je trouvai un dossier. Celui d’une Veuve Brune.
Coupable d’avoir aimé un supérieur hiérarchique : une faute capitale, selon les règles.
Mais cette femme n’avait pas été exécutée.
Elle avait été… épousée.
Et c’était ma mère.
Je ne me troublais pas.
J’analysais. Comme on inspecte un cadavre.
Puis je vis plus loin : la fréquence des déviations augmentait avec les années.
Des noms discrets, mais des conséquences lourdes.
Des décisions impossibles à justifier par la logique.
Alors je compris.
Pas tout.
Mais assez.
Et je jugeai.
Dans le silence de la salle, je bâtis un dossier complet.
Je ne le fis pas par vengeance. Ni par colère.
Je le fis parce que cela devait être fait. Depuis bien longtemps.
Et un matin, je convoquai tous les conseillers de mon père. Et Kurokafu lui-même.
La salle de jugement était géométrique, blanche, sans écho.
Tous attendaient.
Il entra. D’un pas calme.
Le manteau noir sur les épaules.
Et, sur les lèvres… un sourire.
Pas moqueur. Pas menaçant.
Mais un sourire de fierté contenue. Un sourire d’homme qui voit venir ce qu’il attendait depuis longtemps.
Presque… satisfait.
Je le regardai. Droite. Impeccable.
Il s’assit, sans un mot.
Alors je me levai, et parlai.
J’exposai les faits. Les dates. Les noms. Les conséquences.
Chaque incohérence. Chaque erreur. Chaque déviation de la logique.
Et comment ces failles, cumulées, nuisaient à l’organisation.
Je ne tremblai pas. Ne baissai pas les yeux.
C’était un jugement.
Pendant tout mon discours, le père me regarda avec sévérité.
Pas de colère. Pas de trouble.
Juste un œil d’examinateur.
Il vérifiait. Il jaugeait. Il évaluait.
Et tout était juste.
Alors, lorsque j’eus terminé, il se leva lentement.
Retira son manteau noir. Le posa sur le dossier de sa chaise.
Sortit un pistolet, le chargea.
Le tendit à moi, sans un mot.
Puis retourna s’asseoir, les mains croisées sur les genoux.
Un silence absolu.
Parmi les conseillers, aucun ne bougea.
Tous attendaient.
Je regardai l’arme. Puis mon père.
— « Tu n’as rien à dire ? »
Il pencha légèrement la tête.
— « C’est… plus tôt que prévu. »
Un bref silence.
— « Je pensais que tu aurais encore besoin de deux ans. Mais si tu es prête… exécute ta sentence. »
Je ne répondis pas.
Je ne pris pas l’arme qu’il m’avait donnée.
Je sortis la mienne.
Et tirai.
Un seul coup.
Précis. Silencieux. Définitif.
Le corps du dirigeant s’effondra sans un mot.
Le sourire était encore sur son visage.
Ce jour-là, une ère prit fin.
Et une autre commença.
À quatorze ans, je devins Kurokafu.
Pas par héritage.
Mais parce que j’avais été la seule à juger avec justesse.
Et à exécuter sans trembler.
Je scrute Sena. Sérieuse, concentrée, elle incarne à merveille la rigueur de son oncle. Une qualité rare, précieuse à son âge, indispensable pour ses ambitions.
— Je vous pose une dernière question, puis je prendrai le temps de noter vos réponses… Il y aura un court silence, désolé.
— Ne t’excuse pas. Tu n’es pas obligée de formuler une question à chaque seconde. Sois libre. Sois utile. Et quand tu auras quelque chose à dire, dis-le. Je t’écoute.
Elle reposa son stylo avec lenteur, releva la tête, plongea son regard dans le mien. Cette question, elle l’avait mûrie, préparée. Ça se sentait.
— Je ne sais pas si j’ai raison de poser ça… Je veux juste éviter que ça retombe sur mon oncle. Il vous respecte beaucoup, il est fidèle à votre méthode, mais—
— Tu tournes autour du pot. Sois directe, ou tais-toi. Je ferai comme si je n’avais rien entendu.
Elle ravala sa salive, se redressa. Plus droite, plus assurée.
— Llina Delys… ce ne serait pas votre vrai nom. Si c’est vrai, quelle est votre véritable identité ? D’où vient ce pseudonyme ?
Je laissai planer un silence. Un souffle. Un poids.
Puis, lentement, je répondai, d’une voix basse, glaciale.
— Llina Delys… C’était l'identité de ma mère. Quant à celle que j’étais avant de devenir Kurokafu, je l’ai enterrée avec mon père.
Ce passé n’est plus qu’un cadavre. Un poids inutile.
Je ne porte plus ce nom.
Ce que je suis aujourd’hui dépasse tout nom. Je suis un instrument pour la justice.
Et c’est sous ce nom que j’ai décidé de porter le manteau de Kurokafu.
— Oh… Je vois ! Je comprends. N’en voulait vraiment pas à mon oncle ! C’est moi qui lui pose énormément de questions quand je suis avec lui !
— Ton oncle fait bien de te pousser à poser des questions.
— Mais toi, veille à ne pas te perdre dans des détails inutiles.
— Un nom n’est qu’un poids. La volonté et les actes seules forgent la vraie identité.
Et elle se met à noter mes paroles, comme si j’étais sa professeure.
FIN DE CHAPITRE
Chapitre terminé
Connexion requise.
Connectez-vous pour publier.
Aucun commentaire.